Cosmo [†] Orbüs

[Film] Millénium,
les hommes qui n’aimaient pas les femmes

L'affiche française

[Continues à parler si tu veux.]

En bonne place dans ma série des films attendus cette année au cinéma, l’adaptation à gros budget du best-seller de Stieg Larson figurait en neuvième place. Avec David Fincher aux commandes et Daniel Craig sur les planches, le film partait avec deux noms prestigieux et une sacré attente à ne pas décevoir. Mais en matière de thriller, le réalisateur de ce premier volet de la saga Millénium ne l’a jamais fait.

De manière générale, je me méfie des succès mondiaux. Et les applaudissements de la critique comme du public -lorsqu’ils sont unanimes- ont tendance à faire poindre en moins une saine méfiance. Pourtant, je suis fort obligé, dans le cas présent, de me courber un peu roidement devant la qualité du travail réalisé à tous les niveaux. Millénium est un grand film qui avance de très nombreuses qualités et dont je cherche encore les défauts. L’histoire est assez fidèlement celle du roman dont il est tiré.

Dans la Suède contemporaine, un capitaine d’industrie à la retraite, Erik Vanger, fait appel à un journaliste économique en disgrâce pour résoudre une affaire non élucidée depuis quarante ans. Sous couvert de la rédaction des mémoires de son employeur, Mikael Blomkvist sera amené à faire équipe avec Lisbeth Salander, une marginale dôtée de talents d’investigation hors-norme. A eux deux, ils vont se plonger dans l’histoire trouble de cette famille afin d’en dévoiler le lourd secret.

Intrigué par le succès de la série, j’ai commencé la lecture du premier tome ce mois-ci et en ai lu à ce jour un peu plus de la moitié. Bien que j’aurai l’occasion d’y revenir dans un article dédié, je peux d’hors et déjà dire que le roman qu’on dit extrêmement prenant commence de façon assez lourde et peine à décoller réellement. De ce début un peu poussif, le film ne garde que l’essentiel afin de se focaliser sur l’action en elle-même et les personnages principaux. Blomkvist, Salander, et la famille Vanger.

Rooney Mara, la découverte du film. Et quelle découverte !

Fincher oblige, Millenium est un film extrêmement bien filmé. D’un premier degré absolu, il sait toutefois distiller avec talent quelques rares petites pointes d’humour noir et décalé à la Fight Club, bien qu’il ne faille pas du tout aborder le film sous le même angle. A l’image du roman, il est également d’une très grande violence, psychologique surtout, qui glace d’autant plus qu’elle attaque sous un angle assez rare au cinéma ; celui de l’abus de pouvoir, de la violence sexuelle et de la torture notamment.

Deuxième force incontestable du film, les acteurs. Si Daniel Craig reste somme toute assez fidèle à lui-même en enquêteur un peu libertin, entièrement dédié à son affaire, c’est réellement sa binôme Rooney Mara qui crève l’écran. Tous les avis sont unanimes, et c’est de bonne grâce que je les rejoins pour tirer fort bas mon chapeau à cette actrice quasiment inconnue. Dans le rôle de Lisbeth Salander, la hacker punk sociopathe et bisexuelle, elle écrase de sa présence son collègue masculin plus âgé et nettement plus routinier quoique de bon niveau également. Si les scènes de Blomkvist sont intéressantes et immersives, les siennes sont passionnantes et nous prennent aux tripes. Lorsqu’il joue conjointement, le duo fonctionne à merveille et porte l’histoire avec brio.

De l’histoire il est difficile de parler sans tuer le suspense, qui constitue une bonne part de intérêt du film. Plutôt que de risquer cette faute impardonnable, je préfère vous parler de l’ambiance générale. Alternant entre Stockholm et Hedestad dans la campagne suédoise, le film développe une atmosphère glaciale, autant dans ses décors d’appartements miteux, de jungle urbaine, d’intérieurs de grand luxe ou de campagne enneigée. Et dans chacun de ces lieux couve une violence sourde, glauque et plus froide encore.

Résiste ! Prouve que tu existes ! Je l'aime bien, Daniel.

Afin de compléter ce tableau fort élogieux de Millénium, il est nécessaire de faire mention de la bande originale signée Trent Reznor et Atticus Ross (oscarisés en 2011 pour la musique de The Social Network), qui malgré quelques lourdeurs par moment réussit à habiller l’image avec talent. Cette musique d’ailleurs sera fort utilisable en JdR notamment par tous les Meujeux friands d’ambiances sinistres et tendues, dont je fais partie. On saluera également au passage le brillant travail de Jeff Cronenweth en tant que directeur de la photographie, un métier essentiel et pourtant souvent occulté.

Ce qui m’amène en directe ligne au seul défaut que je pourrais trouver au film, en plus d’être un succès mondial (mais c’est alors mon anticonformisme qui parle), qui est son aspect un brin publicitaire. A force de vouloir jouer sur les deux tableaux que sont premièrement un réalisme absolu et deuxièmement une image et un son impeccables, le film tend en continue vers une image si parfaitement belle qu’elle semble issue d’un spot de pub. A force d’intérieurs suédois richissimes et de placement de produits un peu trop présent de la part d’Apple ou de Sony Ericsson, le film est légèrement schizophrène et réussit heureusement à ne pas tomber dans l’excès de propreté et de polissage de certaines grosses productions. Je crois que c’est un des travers de l’image numérique, qui rend l’image un peu trop nette, et un peu trop propre, encore une fois au contraire de Fight Club qui baigne pour mon plus grand plaisir dans l’excès inverse.

Concernant les autres défauts, je les cherche encore. Fidèle sans excès à l’oeuvre initiale, l’adaptation de David Fincher s’approprie totalement son univers grâce à une réalisation et des acteurs impeccables à tous les niveaux. Et quitte à me ranger à l’avis général, autant vous avouer en conclusion que si la suite de la trilogie est adaptée par la même dream-team -ce qui n’est pas acquis d’ailleurs- alors je me plais bien volontiers à attendre la fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette.

-Saint Epondyle-

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

7 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • J'avais vu la version suédoise du film et je suis allé voir celle de Fincher ce week-end. Je trouve que les deux versions sont très réussies bien que celle de Fincher est certainement la plus dynamique. Il faut dire qu'il n'en est pas à son premier coup d'essai. Je me demande si il va il y avoir un triptyque comme chez les suédois ou juste deux films étant donné que Fincher a tout de même pas mal avancé sur le second.

    • D'après mes sources (qui sont secrètes ! :D) David Fincher et Rooney Mara auraient accepté de réaliser les deux suivants à condition de bénéficier d'un budget unique et de pouvoir les tourner en une seule fois (comme les trois Seigneur des Anneaux, réalisés d'un coup). L'idée j'imagine est de s'épargner des questions logistiques.

    • Moi aussi, bien que je n'ai pas encore lu les autres tomes. D'ailleurs, j'ai été très surpris en voyant le film, de voir que les trois épisodes étaient indépendants dans la trilogie. Je pensais qu'il y aurai une enquête unique sur trois tomes, mais en fait, non.

  • Je me souviens quand j'ai vu la version suédoise de Millénium, le dernier laissait en suspend car la saga Millénium était demeuré inabouti. C'est dommage, Stieg Larsson était un bon auteur de roman policier. En tout cas, je suis pressée de regarder la remake américaine de la série de film suédoise. Elle est apparement assez similaire aux romans et bien reçu par la critique.

  • Excellente critique! Dommage de ne pas évoquer le générique/opening qui est à mon sens exceptionnel! A voir en salle pour apprécier toute la pleine mesure d'une telle ouverture! Sublime!

    • Le générique en met vraiment plein la vue, mais je l'ai trouvé un peu en décalage par rapport à l'univers visuel du film. Et puis ces grosses animations en 3D, ça tâche un peu je trouve.

      C'est toutefois une bonne occasion de diffuser un bon gros morceau de death metal à un public large et obligé de rester jusqu'au bout. :D

      Merci pour vos réactions.

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.