Cosmo [†] Orbüs

[Film] Melancholia

L'affiche du film

[Sometimes I hate you so much, Justine.]

Lorsque nous nous sommes décidés à aller au cinéma il y a quelques semaines, un choix a été nécessaire entre les blockbusters hollywoodiens du moment et le très intrigant dernier film de Lars Von Trier : Melancholia. Et je dois bien avouer qu’avec la réputation sulfureuse du réalisateur, associé au scandale créé par son dernier film, ma curiosité le disputait à une certaine réticence.

Je regrette souvent le manque cruel d’imagination et de créativité dans la proposition cinématographique actuelle. Pourtant, force est de reconnaître que ce film qu’on pourrait appeler « d’auteur » frappe très fort en la matière. Pour parler simplement, je n’avais jamais rien vu du même genre.

Melancholia est l’histoire de deux soeurs d’une trentaine d’années, Justine et Claire, réunies à l’occasion du mariage de la première. Malgré la réception somptueuse organisée dans le château de Claire et de son mari, Justine semble totalement déphasée par rapport à son propre mariage. Pendant qu’elle semble sombrer dans une dépression très profonde, la planète Melancholia s’approche de plus en plus de la Terre, menaçant de la heurter et de causer ainsi la fin du monde.

Le film est divisé en deux parties, dont chacune prend le point de vue d’une des deux soeurs. La première partie est celle qui nous place du côté de Justine, interprétée par Kirsten Dunst, durant sa soirée de mariage. Et la seconde se déroule dans les jours ou les semaines qui suivent, et place le personnage de Charlotte Gainsbourg, Claire, au centre de l’attention. Ces deux parties sont également très différentes dans leur sujet, puisque la première met l’accent sur le côté dépressif de la mariée et son déphasage par rapport au monde dans lequel elle évolue, et la seconde s’intéresse plus à l’imminence de la fin du monde et ses répercussions sur les personnages.

Ceux-ci d’ailleurs sont assez peu nombreux. Malgré les nombreuses figures très secondaires lors du mariage (même le marié est très en retrait), le film se construit essentiellement autour du couple des deux actrices phare ; auxquelles viennent s’ajouter le mari et le fils de Claire occasionnellement.

Des paysages oniriques sensationnels

Pour être réussi, un film comme Melancholia nécessitait de acteurs et -surtout- des actrices de grand talent. Même si Charlotte Gainsbourg et Kirsten Dunst forment un duo relativement inattendu, leur binôme sonne extrêmement juste et transforme l’essai en quelque chose de vraiment profond, humain et terrible en même temps. On est loin des rôles de nunuche qu’on a pu connaitre à Kirsten Dunst dans Spiderman ; le binôme est très crédible et donne au film la justesse de jeu nécessaire à créer une vraie tension dramatique.

Et dramatique, le film l’est. Melancholia est en fait un drame cosmique et graphique, à l’esthétique extrêmement travaillée et réussie. L’atmosphère créée par le cadre de l’action -le château- et le contexte de fin du monde possible mais non certaine est très particulière et très lourde. Au fur et à mesure du déroulement de l’histoire se placent les personnages et leurs relations, jusqu’à recréer dans le cadre intime la dimension cosmique et tragique de l’apocalypse. Malgré leur isolement et leur mode de vie privilégié, les personnages ne sont pas à l’abri et prennent peu à peu conscience de la situation du monde, et sont donc mis en face de leur propre vie.

Je le disais, ce film est aussi très graphique et très beau. Les paysages cosmiques spectaculaires (dont la scène d’ouverture) ponctuent les scènes intimistes et les tableaux oniriques sortis des hallucinations du réalisateur. Un certain nombre de scènes restent en mémoire par leur beauté. Je pense en particulier aux paysages baignés de la lumière bleu irradiée par la planète Melancholia et à la très commentée scène de nu de Kirsten Dunst.

En conclusion, Melancholia est un film sans équivalent qui a réussi à faire tomber toutes mes réticences. Grâce à sa construction en deux temps, à son casting et à son esthétique très soignée, c’est le genre de réalisations qui me marque pour longtemps. Malgré la déprime latente tout le long, Melancholia est un film que l’on aime laisser nous déprimer. A recommander à tous les amateurs de vrai cinéma, avec de vrais actrices et une vraie recherche à tous les niveaux.

-Saint Epondyle-

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4 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Casting soigné certes, un jeu d'acteur remarquable qu'on ne peut certainement pas nié, un décor et une mise en scène très soignés; mais pour moi ce film passe à côté d'un élèment fondamental dans le cinéma : le sénario. Dans ce film, je le trouve plat, à tel point que je me suis ennuyée presque tout le long de la deuxième partie et que la première a survécu à cet ennui que grâce à quelques réplique drôles et décalées dans un univers noir et déprimant …

    • Je ne partage pas complètement ton avis. Si un scénario est indispensable dans n'importe quel film, il ne faut pas systématiquement s'attendre à être soufflé par une construction type Nolan ou Scorcese avec des rebondissements incroyables et une fin inattendue.

      Pire que le minimalisme scénaristique, ce sont les incohérences. Certains films ne s’embarrassent pas de faire quelque chose qui tient debout, alors on se demande pourquoi ils s'acharnent à essayer.

      Néanmoins, je comprend ton avis si tu t'es ennuyée ; ça, c'est assez impardonnable… Là ou je vois du poignant, tu voies de l'ennui. Ça me rappelle quelque-chose.

      Content de t'accueillir par ici en tous cas ! Reviens quand tu veux.

  • Envouté par ce film. Son écho résonne encore en moi quand je scrute le ciel(avec espoir?).
    Tristesse, Renoncement, Beauté, Espoir tout ce cogne dans un mélimelo-fanatico-space-chiadée. Quelle puissance, quelle intensité ! Soit on est emporté / soit on s’ennuie . Rien que pour ça je crie a l’œuvre d’art – comme on crie au Loup. J’aime ça, c’est un regard, une vision, une illustration de sentiment que l’on ne peut saisir que s’il nous habite déjà…

    J’avais eu une réserve avant de voir le film. J’apprécie le travail de fond et de forme du réalisateur et je craignais qu’il se soit vraiment calmé après Antichrist (œuvre psycho sexuelle mystico parano).
    Merci Cosmo et E. de m’avoir poussé vers les salles obscures ( et les lueurs mortes ?), j'ai pris une claque…
    Et si on tend l'autre joue on reçoit quoi ?

    • Mais de rien, je suis content si mon analyse a pu te faire apprécier le film malgré des préjugés.

      En tendant l'autre joue, tu aura peut-être une chronique sur The Prestige sait-on jamais…

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