Cosmo [†] Orbüs

Les Misérables | Les américains jouent à la France

L’affiche résume bien le film.

[Red, the blood of angry men,
black, the dark of ages past !
Red, a world about to dawn,
black, the night that ends at last !]

C’est peu dire qu’en allant voir la dernière réalisation de Tom Hooper au cinéma, lointainement inspirée de l’oeuvre de Victor Hugo, je ne m’attendais à rien de bon. Persuadé que j’étais d’aller perdre deux heures de ma vie plus ou moins volontairement devant un inénarrable navet, je fus surpris de me laisser finalement embarquer dans cette adaptation de la comédie musicale (culte ?) de Broadway.

Les Misérables donc est un film chanté qu’il faut aborder non pas comme adapté de l’oeuvre d’Hugo, mais comme la très américaine reprise du spectacle original. D’une certaine manière, c’est même mieux que d’essayer d’adapter une oeuvre aussi dantesque que la fresque littéraire originale en deux heures et demie. Certains ont essayé et auraient mieux fait de s’abstenir.

L’histoire du film donc, se situe au coeur du XIXème siècle, en France. Alors qu’un roi siège à nouveau sur le trône malgré la révolution, la condition du petit-peuple ne s’améliore pas. Libéré du bagne après dix-neuf ans de travaux forcés, Jean Valjean est de nouveau contraint au vol pour survivre. Il sera dès lors traqué par l’inspecteur Javert et ses hommes, auxquels il cherchera à fuir en rejoignant Paris.

Tout comme le roman : le film tire une bonne partie de son intérêt de sa galerie de personnages. Sur différentes époques et dans différents contextes, chacun représente une facette de l’oeuvre et une partie de son message. Valjean est l’ancien bagnard mélodramatique, Fantine le désespoir incarné des pauvres gens, Javert est l’autorité de la loi faite homme, les Thénardiers jouent les rôles comiques et Marius incarne la révolte et l’espoir de la jeunesse. En alternant les rôles sur la durée et en variant les styles au sein des chansons interprétées, le film couvre un panel d’émotions assez large, dont on regrette quand même l’absence du message engagé d’Hugo.

Les chansons donc, écrites en 1980 par Herbert Kretzmer en anglais sur des musiques de Claude-Michel Schönberg, sont chantées par les acteurs eux-même. Mieux encore, leurs performances ont été enregistrées directement sur le tournage en prises de son réelles. Ces chansons constituent tout l’intérêt d’un film somme toute très stéréotypé et certains morceaux méritent même qu’on s’y arrête comme I dreamed a dream interprété par Anne Hathaway, et ma favorite Red And Black qui fait d’autant plus sensation qu’elle s’insère dans une scène bien filmée.

« My name is Jean Valjean ! »

Les acteurs chantent bien en général, et sous la direction de Tom Hooper, réussissent à éviter le grotesque, parfois de peu.  Hugh Jackman surjoue un Jean Valjean très américanisé mais malgré tout convenable, Anne Hathaway une Fantine assez convaincante et Eddie Redmayne un Marius charismatique. Russel Crowe ne brille pas par sa voix ni son charisme, et enfin Helena Bonham Carter et Sacha Baron Cohen font quelques apparitions sympathiques sans être révolutionnaires. Il faut avouer que leur registre comique passe plutôt mal entre deux roulages d’yeux exorbités de Hugh Jackman et Russel Crowe en mode drame.

Esthétiquement, le film joue la carte de la grandiloquence à tous les niveaux. Un peu artificielle, la reconstitution de Paris sonne plus comme une scène de théâtre que comme une ville réelle, ce qui ne choque pas outre mesure au vu de l’aspect artificiel de tout le film. Le cadrage et le montage sont plutôt réussis et servent bien le propos, malgré un goût prononcé pour les gros plans. Finalement, l’image du film s’accorde à sa musique, très pompière mais qui se défend bien dans son style.

En fait, Les Misérables, c’est un peu comme un gros hamburger. C’est gras, c’est américain, ça manque pas mal de finesse, mais c’est bon quand même. Alors non, ce film n’est pas une bonne adaptation de Victor Hugo ; c’est un exercice de style qui s’en inspire librement pour faire chanter les acteurs dans un contexte beaucoup plus américain que français. Malgré tout, en le prenant avec un peu de second degré comme une variation sur le thème de l’oeuvre d’Hugo, l’ensemble passe plutôt bien. Grâce à quelques chansons bien chantées, on évite le ridicule de peu. Sans aller jusqu’à le conseiller à d’autres qu’aux amateurs de films chantés, je dois avouer que j’ai été plutôt agréablement surpris lors de ma séance de cinéma. Et ça, c’est suffisamment rare pour être salué.

-Saint Epondyle-

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