Cosmo [†] Orbüs

Les Aventuriers de l’Arche perdue | Indie begins

Ta tada daaa ! Ta tadaaam !

[Vous voulez parler à Dieu ?
Alors allons lui parler ensemble.]

Il est probable que les spectateurs qui découvriraient aujourd’hui les aventures d’Indiana Jones en resteraient bouche bée. Et pour cause : de nos jours un tel condensé de clichés dans un seul film relèverai au mieux du plagiat honteux, au pire du plus sinistre des nanars.

Oui mais voilà : Les Aventuriers de l’Arche perdue (le premier film d’Indiana Jones), cristallise toutes les trouvailles scénaristiques et narratives d’un genre devenu classique (ou cliché) aujourd’hui. A l’égal de James Bond, dont il est la figure rivale et complémentaire, Indiana incarne le héros insubmersible ; l’Aventurier au sens premier du terme. Mais n’allons pas trop vite en besogne et commençons par un petit pitch maison.

Professeur d’archéologie à l’université de Washington, Henry « Indiana » Jones se lance sur les traces de la mythique Arche d’Alliance censée contenir les Tablettes de la Loi données par Dieu à Moïse. Pour ce  faire, il devra renouer avec d’anciennes relations et retrouver le médaillon de Râ, qui seul permettra de trouver l’emplacement exact de l’artefact.

Au même moment, l’armée du IIIème Reich emploie l’archéologue français Belloq -éternel rival du docteur Jones- pour trouver l’Arche avant lui. Entre les aventuriers, une course autour du monde s’engage, à la poursuite de l’artefact perdu.

Tout y est : les méchants nazis (menés par leur espèce de tortionnaire à lunettes rondes), le français sans scrupule, la ville oubliée, les énigmes débiles, les pièges mortels, les temples enfouis, les légendes millénaires et bien entendu toute une flopée de poursuites et de bastons en tous genres. En fait, en revoyant Les Aventuriers de l’Arche perdue j’ai été frappé de voir à quel point chaque scène, chaque dialogue et chaque personnage trouvait un écho précis dans mon imaginaire. Et pas seulement le mien.

En réalité, Indiana Jones cristallise tout un univers hérité de la fiction fantastique du début du vingtième siècle. Rappelant autant Lovecraft que Tintin ou Blake et Mortimer, le film s’inscrit dans la pure tradition de l’esthétique pulp et participe évidemment à son arrivée fracassante au cinéma. Grâce à son personnage central ultra-charismatique -incarné sans comparaison possible par Harrison Ford- le film rend accessible au grand public un genre jusque-là réservés aux lecteurs de comics et de romans pulp. Heureusement, le film se donne les moyens de ses ambitions grâce à une équipe de rêve aux commandes (Spielberg, Lucas) et un budget visiblement conséquent. Le succès des premiers épisodes de Star Wars n’y étant évidemment pas étranger.

Vous avez dit « classique » ?

Difficile de parler des qualités et des défauts intrinsèques du film tant sa valeur émotionnelle est forte. Qu’on le veuille ou pas, Les Aventuriers de l’Arche perdue a marqué son époque. Alors certes, le scénario est très bancal, bien sûr les acteurs jouent et surjouent des rôles simplistes et sans aucun doute les valeurs colonialistes transparaissent à plus d’une reprise pendant le film. Et en même temps, tous ces ratés, le jeu d’acteur extrême, les faux-raccords et la morale douteuse ne font-ils pas partie intégrante de l’univers pulp ? Je répondrais que si. Un film trop bien fait, trop propre et trop lisse risquerai immanquablement de franchir l’étroite ligne qui sépare le chef-d’oeuvre de série B de l’irrécupérable navet.

Les Aventuriers de l’Arche perdue appartient de justesse à la première catégorie. Si le scénario et les personnages sont simplistes à bien des égards (il ne s’agit finalement que d’une course en jeu de piste), le second degré apporte une énorme bouffée d’oxygène, qui permet à l’ensemble d’éviter la lourdeur. A mi chemin entre le blockbuster bourré d’action et une aventure de Donjons & Dragons décomplexée, le film tout entier baigne dans une ambiance décontractée qui achève d’asseoir le charisme de son héros.

Il y a des classiques qui vieillissent mal, et d’autres pas. Les Aventuriers de l’Arche perdue semble conçu pour tenir le choc des années, et gagne même à être revu. Si effectivement les effets spéciaux, les cascades et les situations semblent on ne peut plus déjà-vues, il n’en demeure pas moins que le film incarne toujours LE film d’aventure hollywoodien. Revoir un Indiana Jones, c’est un peu comme relire Les Aventures de Tintin ou Le Journal de Picsou ; ça me rappelle mon jeune temps, celui ou je m’émerveillais devant les histoires d’aventures simplistes, linéaires et très manichéens. Alors forcément, je ne boude pas mon plaisir. Croyez-le ou pas : à une époque j’ai été bon public.

-Saint Epondyle-

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10 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • A noter que, en dehors de « La momie », cette trilogie reste, à mon sens, inégalée. Un de ses secrets me paraît être aussi son « universalité », ne brassant des archétypes et des thématiques fédérateurs (manichéisme, fond judéo-chrétien etc), un peu à la manière de Star Wars IV à VI. Tiens, y avait aussi Harrison Ford, dans cette trilogie.

    Amusant…

  • Indiana Jones est une légende du cinéma. C’est un pilier fondateur du succès hollywoodien, particulièrement bien ancré dans son époque et impossible à déboulonner. Comme tu le dis si bien, c’est un nanar en puissance qui ne peut pas tomber dans cette catégorie parce qu’il est intrinsèquement inscrit dans ce qui a construit le cinéma depuis Star Wars. A ce titre, si le quatrième opus, beaucoup plus « contemporain » dans son approche et ses clichés, a si mal marché, c’est parce qu’on a tenté d’en faire une recette moderne. Or, on ne peut pas imiter Raiders of the Lost Ark aujourd’hui sans se faire taxer de vieux décrépi, ni le moderniser sans avoir l’air de faire une bonne soupe de chef étoilé 2010 dans un vieux pot. L’un comme l’autre, même pleinement assumé, sont bien trop anachroniques pour fonctionner.

    Ce premier Indiana Jones et le troisième que j’apprécie tout autant (le 2ième est pas mal mais j’en garde un souvenir différent, le seul et unique film que mon père m’a emmené voir au cinéma ;) ), doivent rester à leur place. Les œuvres d’une période clé du 7ième art. Des films qui parlent à notre enfance ou notre adolescence parce qu’ils placent le décor et concrétisent les codes qui ont forgé le cinéma fantastique-aventureux.

  • J’allais écrire un truc hyper intelligent mais en lisant le commentaire de L’Ours, je me suis rendue compte qu’il disait la même chose en mieux. Alors je vais me contenter d’un « ouais, tout comme le premier paragraphe du monsieur juste au-dessus « . :)

    En plus d’être un grand classique du cinéma d’aventure, ce que j’adore avec ce film c’est sa propension à être une une source intarissable de références et de bonnes répliques pour les passionnés du genre.

    Indiana Jones est l’une des sagas de mon enfance qui passait en boucle sur le magnétoscope familial (comme Star Wars et les James Bond avec Sean Connery ou Roger Moore) et même si j’ai toujours préféré le troisième volet (Sean Connery oblige),c’est vrai que c’est toujours un plaisir de retomber dessus à la télé, mais c’est surtout gratifiant de reconnaître un clin d’œil à la saga dans d’autres films.

    • @François > J’ai revu le deuxième, largement en dessous. Quand à La Dernière Croisade, je vous dirai ça une fois mes souvenirs réactualisés…

      @Café-Clope > La présence d’Harrison n’est pas du tout un hasard. En fait Indiana Jones, c’est un peu « Han Solo le film ». Le personnage est quasiment similaire dans son état d »esprit de cabot.
      Sinon, je garde de La Momie un souvenir très chargé et franchement plus clairement parodique qu’Indiana. Pas sûr que je les mette sur un pied d’égalité, La Momie est sacrément inspirée, disons.

      L’Ours > Ouais, pas mieux. :)

      Groucho > Oui hein, il a douché mon bel article. :D
      Sinon, c’est également une des sagas les plus cultes de mon enfance. Avec Jurassic Park, Star Wars et bien sûr la collection Disney. C’est surtout pour cette raison nostalgique que je ne peux pas descendre un film qui, franchement, le mériterait un peu.

      Merci à vous tous de vos commentaires !

    • Pas de quoi. J’ne profite pour ajouter que le blog d’axolot sus-linké vient de régénérer aujourd’hui et propose a présent des podcasts. Une source d’inspiration hyper complète et de première qualité.

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