Cosmo [†] Orbüs

[Film] Le Seigneur des Anneaux, Les Deux Tours

L’une des affiches françaises du film

[Autant de morts. Mais que peuvent les hommes face à tant de haine ?]

Chaque grande saga, a fortiori les trilogies, est confrontée à la difficulté du second épisode. Une fois l’effet de surprise dissipé et avant la conclusion grandiose de l’histoire, le risque de connaître une traversée du désert est très important. Dans le creux de la vague, de nombreuses séries se perdent et bâclent un second épisode parfois même pas imaginé lors du tournage du premier.

Grâce à la réalisation simultanée des trois parties, ainsi qu’au talent des scénaristes et du réalisateur, la trilogie cinématographique du Seigneur des Anneaux réussi toutefois à éviter le piège en ouvrant en grand la porte des possibles dans son deuxième acte : Les Deux Tours.

Suite de l’adaptation au septième art de la trilogie d’anthologie écrite par JRR Tolkien entre 1954 et 1955 ; Les Deux Tours continue la peinture de la fantastique Terre du Milieu et des tourments qui l’agitent. Pour le plaisir, voici donc mon pitch maison. Et pour les quelques-uns qui ne l’auraient pas vus, attention spoiler.

Gandalf est tombé, la communauté est dissoute et dispersée. Frodon et Sam continuent de cheminer vers les terres hostiles du Mordor afin d’y détruire l’Anneau du Seigneur des Ténèbres Sauron. Parallèlement, Aragorn, Gimli et Legolas poursuivent une meute d’uruk-haï afin de délivrer Merry et Pippin de leurs griffes. Cette poursuite les amènera directement à proximité d’Isengard et du royaume du Rohan.

Pendant ce temps, Saroumane le Blanc s’apprête à frapper le peuple du Rohan afin de permettre à son allié Sauron de briser le royaume du Gondor. Sous les ténèbres qui s’épaississent, la guerre pour la Terre du Milieu commence.

Alors que La Communauté de l’Anneau adopte un point de vue très centré sur les personnages de la troupe, en particulier les hobbits et Gandalf, laissant aux autres un rôle de quasi figuration, Les Deux Tours fait prendre à la saga un tournant décisif à tous les niveaux. Premièrement au niveau du scénario, ce deuxième épisode change radicalement le plan conçu par les personnages et donc leurs relations. Si l’objectif reste de détruire l’Anneau Unique dans les flammes de la Montagne du Destin, seuls Frodon et Sam devront s’y atteler directement. Les autres participeront à la guerre des royaumes humains du Rohan et du Gondor contre les armées de Saroumane et de Sauron, et agiront donc de façon indirecte sur l’objectif final. Au niveau du style ensuite ;  le premier film était conçu comme un cheminement des protagonistes à travers la Terre du Milieu. Les Deux Tours prend de la hauteur sur la situation et nous ouvre en grand une vue plus panoramique de l’ensemble des protagonistes, des terres et des peuples concernés par la guerre. On comprend que les hobbits ne soupçonnaient pas a quel point est importante (et difficile) leur mission, ni les conséquences qu’aurait leur défaite ou leur victoire sur les peuples entiers des pays qu’ils traversent. Le film d’aventure mute, et tout en gardant intacte son essence, prend une dimension nouvelle grâce à l’arrivée de nouveaux personnages et de nouvelles problématiques.

Eowyn est incarnée par Miranda Otto, rayonnante.

Eowyn est incarnée par Miranda Otto, rayonnante.

Le film précédent nous montrait la Comté peuplée de hobbits, le domaine d’Elrond de Fondcombe, la Lothlórien de Galadriel et Celeborn ainsi que de nombreuses zones désertées par la vie comme la Moria par exemple. Ce deuxième épisode nous fait entrer de plein pied dans les royaumes des hommes, et en particulier dans le sublime royaume du Rohan. Peuple de dresseur de chevaux nomade vivant entre plaines et montagnes, ces humains blonds et pâles vivent dans une culture d’inspiration viking, ou le cheval remplace le bateau, et les plaines la mer. Frontalier de l’Isengard de Saroumane, les habitants du Rohan doivent affronter les uruk-haï du magicien blanc sans compter sur d’autres qu’eux-même. Le roi Théoden, affaibli est sous le joug du magicien et le laisse donc agir à sa guise sur ses terres, au grand désespoir de son neveu Éomer et de sa nièce Éowyn.

L’arrivée des personnages dans cette nouvelle partie de la Terre du Milieu est menée avec brio par le réalisateur Peter Jackson. En plus des nouveaux acteurs qui incarnent la famille royale du Rohan, la direction artistique du film est époustouflante et réussit à créer une véritable identité culturelle et graphique à ce nouveau peuple. Que ce soit dans les décors ou les costumes, associés à des décors néo-zélandais à couper le souffle, tout dans la présentation du Rohan participe à cette création. Bernard Hill incarne le roi Théoden avec une très grande justesse et un charisme royal parfait ; tandis que Miranda Otto interprète Éowyn -le second rôle féminin de la trilogie- avec un naturel et une beauté combative sidérante. Il y a peu de femmes dans Le Seigneur des Anneaux, (aucune dans la communauté par exemple) mais chacune d’elles porte à sa façon une incarnation de la condition féminine dans le récit. Éowyn est sans conteste la figure féminine la plus profonde et symboliquement forte, porteuse d’une grande idée de l’égalité et de la liberté. Elle est la seule femme humaine importante de l’histoire là ou Arwen incarne un rôle quasi exclusivement romantique par exemple (et un peu potiche, aussi).

L’histoire se clôt par la bataille culte du Gouffre de Helm, dans laquelle le peuple Rohirrim mené par Théoden affronte les armées de Saroumane. Peter Jackson prouve ici qu’il est capable de filmer non seulement les scènes de combat impliquant peu de personnages comme dans le premier épisode, mais également les scènes de siège mettant en scène plusieurs milliers de belligérants. Ce qui se confirmera d’autant plus dans le troisième épisode de la saga.

De gauche à droite : Gollum, Frodon et Sam

L’autre versant du film est celui qui met en scène la suite du voyage de Frodon et Sam qui, guidés par l’inquiétant Gollum, doivent se ménager un chemin jusqu’au Mordor. Encore assez loin de leur objectif, ces personnages n’entendent de la guerre que de lointaines rumeurs. Les scènes consacrées au trio sont l’occasion pour le réalisateur de développer l’évolution des relations entre les personnages, ainsi que la complexe personnalité schizophrénique de Gollum. La malédiction de l’Anneau est encore supportable et le voyage pas trop difficile. Sur leur chemin, ils croisent néanmoins quelques difficultés de taille, notamment en la personne de Faramir, le capitaine de la Tour Blanche du Gondor et frère cadet de Boromir. Pour autant, le film commence et se conclut sans qu’un évènement réellement primordial ne survienne de ce côté.

Malgré les années qui s’écoulent, les effets visuels (oscarisés) du Seigneur des Anneaux n’accusent pour le moment pas trop le coup. Mais plus encore que les effets spéciaux à proprement parler, ce sont la qualité de la reconstitution et de la bande originale de Howard Shore qui donnent à cette oeuvre monumentale toute sa puissance. Entre les villes, les peuples, les lieux mythiques et les créatures fabuleuses (comme les Ents par exemple), toute la magie de l’univers est traduite à l’image à la perfection.

Je le disais en introduction : le second film d’une trilogie est généralement le plus risqué. En se retournant sur les autres grands sagas, on ne peut que constater le terrible niveau des deuxièmes opus, de Matrix Reloaded à L’Attaque des Clones. Seul L’Empire Contre-Attaque échappe à la règle en proposant un très grand nombre de rebondissements et en faisant passer la trilogie initiale de Star Wars dans une autre dimension par rapport au premier. Les Deux Tours, deuxième opus du Seigneur des Anneaux, relève le challenge avec maestria en ne décevant pas les espoirs initiés par La Communauté de l’Anneau et en préparant un terrain exceptionnellement favorable pour Le Retour du Roi. Durant plus de 3h45 en version longue, ce qui est énorme, le film est la clef de voûte d’une trilogie monstrueusement épique qui magnifie l’oeuvre littéraire dont elle est l’adaptation.

-Saint Epondyle-

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