Cosmo [†] Orbüs

[Film] Le Seigneur des Anneaux, La Communauté de l’Anneau

L’une des affiches du film.

[Un anneau pour les gouverner tous,
Un anneau pour les trouver,
Un anneau pour les amener tous,
Et dans les ténèbres, les lier.]

Le Seigneur des Anneaux. Quatre mots de titre pour la plus grande saga de fantasy jamais écrite et portée à l’écran à ce jour. Autant dire que la tâche d’écrire la critique de l’adaptation cinématographique est titanesque mais très enthousiasmante. Relevons nos manches et commençons par le commencement.

La Communauté de l’Anneau est le premier film de la trilogie, sorti en 2001, et recouvre une bonne partie de l’oeuvre littéraire écrite par JRR Tolkien. A l’instar de la Quête du Graal ou de la saga Star Wars, le scénario est assez simple mais suffisamment ambitieux pour emmener le spectateur à la découverte d’un monde extrêmement riche ainsi que pour déployer une réelle force narrative, poétique et épique durant tout son développement. C’est bien là tout l’art de Tolkien, que d’avoir su créer a partir de légendes, mythes et folklores traditionnels l’ensemble des bases de ce que nous appelons la fantasy. Et si la qualité de l’écriture pèche par excès de détail et par lourdeur, les films de Peter Jackson s’en exemptent tout à fait afin de transcender l’oeuvre originale.

Bien que connu et reconnu unanimement dans la culture geek comme une oeuvre fondatrice, je ne résiste pas à la tentation de vous proposer un petit pitch de ce premier épisode.

Frodon Sacquet, hobbit bourgeois vivant dans la verdoyante Comté, hérite d’un anneau d’or de son oncle Bilbon. Incapable d’en soupçonner la valeur, il est amené à la découvrir grâce au magicien gris Gandalf, vieil ami de son oncle. Lorsque celui-ci apprend que le Seigneur des Ténèbres, Sauron, cherche à retrouver cet anneau de pouvoir afin de recouvrer sa puissance de jadis, une course s’engage pour tenter de soustraire l’Unique à la vue des serviteurs du démon.

Entre elfes, nains, hommes, hobbits, orcs et magiciens, chacun doit prendre position dans la terrible guerre qui s’annonce. Et faisant face à la tentation maléfique exercée par l’Anneau, une communauté de neuf compagnons est formée afin de le porter jusqu’à la Montagne du Destin ou il fut forgé dans des temps immémoriaux, et de l’y détruire définitivement. De la réussite ou de l’échec de cette quête désespérée dépendra l’avenir de tous les peuples libres de la Terre du Milieu, et l’avènement ou la chute du règne des hommes.

Bien qu’introduction d’une saga épique, La Communauté de l’Anneau commence en plaçant l’action à un niveau relativement personnel. Les personnages principaux sont Frodon et son jardinier Sam quittant la Comté sur les instructions de Gandalf le magicien. Effrayés par les neuf Nazgûls qui les pourchassent et désorientés par le fait de quitter leur région bucolique pour la première fois de leur vie, eux que rien ne prédestinait à l’aventure sont contraints de décider par eux-même de la confiance qu’ils accordent -ou pas- aux individus inquiétants qu’ils rencontrent. C’est l’une des grandes forces du Seigneur des Anneaux, que de construire son récit de manière progressive dans chaque volet. En partant de la vie de monsieur tout-le-monde, Frodon, l’histoire invite le spectateur à une immersion immédiate. Comme dans un JdR dont les personnages commenceraient à bas niveau pour progresser ensuite, le spectateur (ou le lecteur) commence sa découverte de la Terre du Milieu avec des connaissances de base et accompagnera des personnages aussi ignorants que lui au départ.

Elijah Wood, Frodon parfait.

C’est ainsi que le premier épisode de la trilogie nous permet de visiter la Comté et sa population de hobbits aimables vivant dans l’ignorance totale des évènements du reste du monde. Entre herbe à fumer et fêtes villageoises, c’est l’un des seuls lieux réellement heureux de toute la trilogie. Dans leur voyage, les personnages traverseront différents endroits habités comme des villages humains, mais également la ville elfe de Fondcombe, royaume du sage Elrond et la forêt inquiétante de la Lórien, demeure de l’enchanteuse Galadriel. En outre, la communauté devra également se confronter à un itinéraire sombre et plein -vraiment plein- de dangers. Du col de Karadras aux sombres mines de la Moria, les neuf compagnons devront slalomer entre les hordes de guerriers huruk-haï lancés à leurs trousses, mais également croiser le fer contre d’immondes gobelins, des trolls, toujours les Nazgûls et une horreur sans-âge aux tréfonds du monde. Vaste programme.

En plus de nous faire affronter de nombreux dangers et visiter des lieux variés, le film prépare en permanence les épisodes suivants en évoquant les pays et personnages que nous rencontrerons dans la suite de la saga. Plus le voyage avance, et plus on comprend que le chemin jusqu’au Mordor sera long et de plus en plus périlleux, une perspective quelque peu anxiogène pour nos héros.

De héros heureusement Le Seigneur des Anneaux, en tant qu’oeuvre fondatrice du genre heroic fantasy, en est plein. En plus des hobbits Frodon, Sam, Merry et Pippin, la communauté se compose d’un groupe de compagnons intrépides. Les hommes Aragorn et Boromir sont accompagnés par l’elfe Legolas, le nain Gimli, et enfin, Gandalf le Gris qui mène la troupe. Au long du film, nous découvrons les relations entre les personnages, soumis à la tentation de s’emparer de l’Anneau et se querellant sur la route à suivre et les décisions à prendre. Si le duo entre Gimli et Legolas forge la traditionnelle mésentente entre les nains et les elfes, une autre opposition majeure se fait jour dans la communauté : celle d’Aragorn et de Boromir. La version (très) longue du film offre d’ailleurs bien plus d’éléments intéressants à ce sujet et permet au spectateur de comprendre plus en détails le pourquoi de leur désaccord que dans la version « courte ».

De gauche à droite : Gandalf, Frodon, Aragorn, Gimli, Legolas et Boromir.

En tant que mythologie, l’univers de la Terre du Milieu est riche de figures emblématiques et accorde une place centrale à des personnages pour lesquelles le choix d’acteur s’est révélé crucial. En l’occurrence Peter Jackson privilégie des acteurs peu connus à l’époque de la sortie en salles, tout en les appuyant par quelques grands noms dans des rôles plus annexes. C’est ainsi que nous avons pu découvrir le très grand Viggo Mortensen sous la tignasse crasseuse d’Aragorn, Orlando Bloom sous l’ondoyante chevelure de Legolas, et Elijah Wood dans la peau du hobbit Frodon. Pour les accompagner, rien de moins que Monsieur Christopher Lee dans le rôle de Saroumane le Blanc, Ian McKellen en Gandalf le Gris, Hugo Weaving en seigneur Elrond et Sean Bean dans le costume de Boromir. (Un rôle qui lui valu sans-doute l’opportunité d’incarner Eddard Stark dans la série Game of Thrones depuis.) Ce choix d’acteurs ambitieux permet de ne pas nuire à la narration et à l’esthétique du film par la mise en scène de grandes stars dont la présence aurait éclipsé le propos du film. En l’occurrence le pari est relevé puisque le casting, loin de faire de l’ombre aux personnages, les incarne avec la justesse appropriée pour chacun d’entre eux.

C’est toutefois au niveau du style que le film prend le plus gros risque par rapport aux attentes qui pesaient sur lui. Loin d’un film intimiste, la réalisation n’en demeure pas moins relativement sobre dans sa mise en images. En effet si les effets spéciaux sont omniprésents et la musique (magnifique) aussi lyrique que possible, le surnaturel est traitée avec retenue. La magie est partout : elle irradie de la présence de Galadriel, de la posture d’Elrond ou du regard noir d’un Nazgûl, et n’est jamais montrée comme un sortilège kitsch et coloré. Tout le travail de Peter Jackson à ce niveau a été de tisser le surnaturel dans presque chaque scène tout en le déployant beaucoup plus à l’occasion. Appuyé par une direction artistique de très haut vol dans la reconstitution des décors, des vêtements et des créatures, ce choix très critiqué par certains me semble la plus belle réussite du réalisateur.

Le Seigneur des Anneaux est la première saga de fantasy qui fut écrite. Fondatrice d’un genre et de tous les canons qui en découlent, elle fut également un très gros défi à relever pour ceux qui se proposaient d’en tourner l’adaptation. En qualité d’adorateur de JRR Tolkien, Peter Jackson a su relever le challenge à la hauteur des espérances des fans du monde entier, en adaptant, découpant, faisant plier l’oeuvre originale pour lui permettre d’épouser les formes du cinéma, sans jamais la gâter, la déchirer ou la casser. Considérée comme l’un des piliers fondateurs de la culture geek, la saga a trouvé en lui l’architecte capable de lui rendre l’hommage qu’elle méritait, et d’ouvrir les portes de son univers au grand public. Un univers de contrées fabuleuses, de magie, d’hommes, d’elfes et de nains. Un univers unique, ciselé comme un chef d’oeuvre. Un univers pour les gouverner tous.

-Saint Epondyle-

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3 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • A mon sens, en tant qu’adaptation cinématographique d’une oeuvre littéraire, Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson se pose et se comprend comme une oeuvre indépendante. Je suis de ceux qui ont lu le SdA durant mon adolescence pour en faire dans ma propre approche artistique une référence et la voir portée à l’écran a été selon moi un cadeau extraordinaire offert tant au septième art qu’à cet auteur légendaire.

    Tout est dit sur ce point dans ton article, mais je pense qu’il ne faut pas s’arrêter aux seuls films (en version longue de préférence) mais également voir tous les documentaires qui accompagnant les DVD/BRD, car, d’une part, ils sont d’une qualité exceptionnelle, mais également très fouillé et très complet, donnant moult détails sur l’art et la manière avec lesquels les bouquins ont été adaptés et l’oeuvre cinématographique créée. Et surtout l’amour et la volonté avec lesquels ça a été fait, une dévotion que j’ai rarement vu ailleurs dans d’autres projet du 7ième art. Plus qu’un modèle à suivre pour réaliser un film, c’est aussi une vision qui se détache des notions qui gouvernent aujourd’hui le monde du cinéma.

    Je suis tombé amoureux de cette trilogie (que je revisionne une à deux fois par an) et j’ai un respect inconditionnel pour Peter Jackson et son équipe et je reconnais à son bébé le statut d’une oeuvre indépendante et originale malgré sa source d’inspiration.

    • Je suis d’accord avec toi Wilfrid, même pour un film de commande le soin apporté à l’adaptation est sidérant, et fort bienvenu.
      Espérons que Le Hobbit sorti en salles cette semaine montre le même talent de la part de l’ami Peter.

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