Cosmo [†] Orbüs

[Film] Le Jour le plus long

L’affiche de 1962, un brin rétro

[Les sanglots longs des violons de l’automne,
Blessent mon coeur d’une langueur monotone.
– Paul Verlaine, Chanson d’automne]

Parmi les fresques épiques réalisées au sujet de la Seconde Guerre Mondiale, certains films sont entrés dans l’histoire du cinéma. Parmi eux, Paris brûle-t-il ?Il faut sauver le soldat Ryan, et Le Jour le plus long, entièrement consacré à la journée du 6 Juin 1944, celle du débarquement Allié en Normandie.

Le film est basé sur l’histoire réelle et une profusion de faits historiques reconstitués. Tourné en 1962, c’est l’une des plus grosses productions américaines de son époque, avec un budget de dix millions de dollars, de quoi faire un peu sourire aujourd’hui. Niveau casting, Le Jour le plus long convie le gratin de son époque avec notamment John Wayne, Henry Fonda, Robert Mitchum et Sean Connery pour les anglophones et Bourvil du côté français. Malgré son âge, ce film en noir et blanc reste encore aujourd’hui une référence incontournable de films de guerre.

Le film se propose de raconter la bataille de Normandie sous une grande variété d’angles différents. Entre les soldats débarqués sur les plages d’Utah, Omaha et Sword, les parachutistes largués derrière les lignes ennemies dans la nuit, les maquisards français prêts à passer à l’action et bien entendu les forces allemandes occupantes, on alterne entre les points de vue pour peindre une fresque aussi complète que possible. Au fur et à mesure des trois heures que durent le film, toutes les anecdotes relatés sont véridiques et issues de témoignages d’époque. Pourtant, c’est peu dire que d’affirmer que le film est loin d’être impartial.

Dans le climat de Guerre Froide ou il fut réalisé, Le Jour le plus long met un point d’honneur à dépeindre les faits d’armes glorieux des forces Alliées face à l’oppresseur allemand. Sans excès de finesse dans le manichéisme, les soldats anglais et américains sont représentés l’air grave mais fermement décidés, les français sabrent le champagne sous les bombes et les allemands désorganisés se laissent déborder sans presque réagir. Incapables de prévoir le débarquement au début du film, les défenseurs s’engueulent par téléphone interposé avant de battre en retraite dès le premier coup de feu, et de se faire abattre sans riposter. Si le ton général est au réalisme historique (et épique), ce petit parfum de propagande amène aujourd’hui une touche désuète assez savoureuse ; souvenir du temps ou l’impérialisme américain ne se cachait pas. Les grandes fresques glorieuses ont toujours bien fonctionné pour transmettre l’idéologie : l’URSS avait Esenstein et son Cuirassé Potemkine, les Etats-Unis Le Jour le plus long et beaucoup d’autres. C’est de bonne guerre, si vous me passez l’expression.

Le charme désuet du film ne s’arrête d’ailleurs pas là. La version française notamment nous offre quelques délicieux dialogues. Entre « As-tu jamais entendu un potin pareil de toute ta garce de vie ?  » et « Crénom d’un chien quelle bagarre ! » on s’y croirait. A croire que les Alliés ont gagné la guerre sans prononcer une seule injure.

« Sacré bonsoir, c’est une fichue castagne pas vrai ? »

Malgré tout, Le Jour le plus long fait partie de ces blockbusters datés d’une époque -révolue- dans laquelle le cinéma ne pouvait pas tricher. Les effets spéciaux, les décors, tout y est strictement réel et les trucages sont réalisés à l’ancienne évidemment sans l’ombre d’une image numérique. Les scènes de combat ruraux et urbains sont très réussies, le feu, les explosions et la fumée sont réels et n’ont rien à envier aux films d’aujourd’hui. On notera d’ailleurs que les combats sont vus exclusivement du point de vue Allié, les personnages allemands importants étant uniquement mis en scène dans leurs bureaux en train de vociférer au téléphone.

Tourné dans la campagne normande entre Colleville-Sur-Mer, Sainte-Mère-Eglise, Ouistreham et Caen, les lieux sont les théâtres d’opération réels, et les ruines des villages reconstituées à l’identique. Pour moi qui connais particulièrement bien cette belle région, et dont la famille se trouvait sur place lors des évènements relatés, c’est très appréciable de reconnaître mon pays. Le travail de reconstitution est impeccable malgré quelques erreurs -parait-il- dans certains uniformes d’époque. Appuyé par la musique devenue célèbre de Maurice Jarre, l’action du film est très héroïque, et somme toute assez réaliste. En outre, la multiplicité des points de vue permet de rendre compte de l’essentiel des aspects du déroulement de ce 6 juin 1944, du point de vue américain en tous cas.

Le Jour le plus long est un film historique à tous les points de vue. Premièrement de part le sujet que sa flopée de réalisateurs y abordent, le travail de reconstitution très soigné et le respect de la véracité des anecdotes rapportées, c’est un témoignage quasiment exhaustif du déroulement de l’opération Overlord. Deuxièmement, avec ses acteurs de western, son message de propagande à peine voilé et ses effets spéciaux grandioses quoique datés, le film incarne l’Holywood des Trente Glorieuses, si grand, si beau, si sûr de lui. En plus de cette double qualité, Le Jour le plus long est avant tout un très bon film de guerre, pas aussi nerveux que le plus récent Il faut sauver le soldat Ryan, mais résolument moderne dans sa réalisation. Pour l’ensemble de ces raisons, Le Jour le plus long est un classique qu’il est toujours plaisant de revoir ; avec un peu de second degré.

-Saint Epondyle-

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