Cosmo [†] Orbüs

Le Château Ambulant | Hayao Miyazaki

Un des visuels du film

[L’insconstance des sentiments est la seule chose durable en ce monde.]

Il est assez difficile de comparer les films d’animation du studio nippon Ghibli, aux autres productions du genre tant ils diffèrent sur le fond et sur la forme. Rien à voir entre Princesse Mononoké, Wall-E et Les Triplettes de Belleville par exemple. Pourtant, il demeure assez facile de rapprocher ces oeuvres -dont chacune possède ses caractéristiques propres- aux autres réalisations de ces auteurs. En l’occurrence, Le Château ambulant (ハウルの動く城) est à mon avis le plus mûr des films du maestro Hayao Miyazaki.

Comme à son habitude, le réalisateur dont le talent n’est plus à prouver nous dessine dans ce film un récit éminemment profond et porteur d’un message de paix ; au sein d’un univers visuel et sonore inimitable. Le pitch du film est le suivant.

Sophie, une jeune chapelière travaillant dans la boutique de ses parents, se retrouve mêlée à une intrigue impliquant le magicien Hauru et une certaine Sorcière des Landes. Voyant qu’elle semble du côté de son adversaire, cette dernière inflige à Sophie une malédiction la changeant en très vieille femme.

Incapable d’expliquer ce changement brutal à ses proches, Sophie s’enfuit de chez elle et se met en quête d’Hauru afin de lui demander de lever le sortilège qui l’affecte. Au coeur des montagnes, elle rencontre le Château Ambulant, réputé être la demeure du magicien. De fil en aiguille, Sophie va intégrer la petite famille qui vit dans le château, entre Calcifer le démon du feu, Marco l’assistant du magicien, Navet l’épouvantail et Hauru le sorcier. Elle y découvrira que celui-ci s’avère lui aussi affligé d’un lourd secret…

Le Château Ambulant regroupe toutes les caractéristiques qui font la beauté et la qualité des oeuvres du studio Ghibli. Aussi épique et engagé que Princesse Mononoké, aussi magique que Le Voyage de Chihiro, et aussi enchanteur et poétique que Le Château dans le Ciel, mais également plus original que ces derniers. Plus récent, le film s’enrichit de tout ce qui fait l’univers personnel de Miyazaki pour en proposer une nouvelle vision doublée d’un message universel. Par leur poésie et les messages dont ils se font ambassadeurs, les films Ghibli réussissent à créer une relation particulière avec chaque spectateur personnellement. Pour moi, Le Château Ambulant correspond à l’âge de la maturité du réalisateur, et demeure à ce titre son plus grand chef-d’oeuvre à ce jour.

Hauru le magicien et Sophie

Comme toujours, l’originalité est de mise dans le film autant au niveau du scénario, de l’univers visuel que des personnages mis en scènes. Ces derniers sont particulièrement soignés et hauts en couleurs, mise à part peut-être l’héroïne qui n’a pas vraiment d’autre trait de personnalité que d’être victime d’un sort. Le film offre comme toujours une galerie de personnalités non-manichéennes qui permettent de teinter le récit d’une vraie originalité. On pensera par exemple à Calcifer, à Hauru ou à la vieille Sorcière des Landes. Si le film est relativement court, il n’en laisse pas moins aux personnages le temps de développer des interactions et des questionnements complexes intégrés au sein d’une réflexion plus large incarnée par le climat de guerre qui gronde en arrière plan de l’intrigue.

Esthétiquement, Le Château Ambulant est extrêmement abouti et propose au spectateur un monde steampunk ou se côtoient les magies anciennes, les malédictions de conte de fées et la technologie à vapeur propre aux oeuvres du maestro. Plus fin et dynamique que dans les films plus anciens, le trait est également plus riche et se trouve mis en valeur par des ambiances visuelles -notamment dans les intérieurs et les paysages- particulièrement marquées. La bande originale du film marque la huitième collaboration entre le génie visuel de Miyazaki et le génie musical de Joe Hisaishi, dont les compositions associées au film achèvent d’en créer l’identité poétique.

Et de la poésie, Le Château Ambulant en irradie pratiquement sur toute sa durée. Au fil des scènes parfaitement rythmées, l’histoire est mise en scène sans une longueur, mettant en mouvement une grande puissance narrative et construisant un message complet et cohérent. A quelques occasions, l’ensemble des éléments constitutifs de l’oeuvre se confondent pour former toute la force propre aux  films d’Hayao Miyazaki. On peut apprécier ou pas l’animation en générale, et l’animation japonaise en particulier. Toutefois, on ne peut pas réfuter de bonne foi la maestria de certaines réalisations en tête desquelles je place cet avant-dernier film de Miyazaki père au poste de réalisateur. Véritable chef d’oeuvre de perfection accessible et poétique, Le Château Ambulant incarne tout-à-fait ces nouvelles oeuvres d’art grand public, compréhensibles à tous les âges et capable le temps d’une heure et demie de poésie pure, de rendre le monde un peu meilleur.

-Saint Epondyle-

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • La première fois que j’ai vu le film, j’avoue ne pas avoir compris grand-chose. Après en avoir reparlé avec toi, je me suis dit que j’avais peut-être raté quelque chose lors de mon premier visionnage vu que tu étais tellement enthousiaste.

    La deuxième fois que j’ai vu le film, j’ai continué à ne pas tout comprendre, et j’avoue que la multitude de symboles, de flash-back, de rêves et tous les plans de narration qui se chevauchent laissent planer une ambigüité sur les faits racontés que je n’ai pas su démêler complètement.

    A l’heure qu’il est, je crois que je n’ai toujours pas compris en quoi Hauru était maudit, ou du moins ce que la malédiction changeait à son quotidien.

    C’est vrai que c’est un film très poétique, épique, mais j’ai aussi l’impression que l’auteur était un peu drogué quand il a pensé le scénario, ce qui me gâche un peu le tout. Pourtant je ne suis pas insensible à ce genre de films, mais celui-ci doit dépasser clairement ma sphère de compréhension.

    • Je peux comprendre ce point de vue, d’autant que tu n’est pas le seul à m’en avoir fait part. Personnellement le fait que l’auteur soit drogué ou que l’histoire soit ambiguë ne me pose pas de problème tant que la poésie, la beauté et la narration sont là.

      Je ne pense pas que le film puisse dépasser ta sphère de compréhension, mais ta sphère de sensibilité éventuellement, car je te crois plus attaché que moi à la rigueur rationnelle y compris dans la fiction.

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