Cosmo [†] Orbüs

John Rambo | Stallone en mode méchant

L’une des affiches du film.

[Killing’s as easy as breathing.]

Vous allez me dire « A quoi tu t’attendais ? » et vous aurez raison de le faire. Alors je vais devancer la question. En regardant par hasard John Rambo, le quatrième et dernier film de la saga éponyme, je ne m’attendais pas à grand chose. Ou plutôt, si. J’avais même une idée plutôt précise de ce que je m’apprêtais à voir.

En voyant Sylvester Stallone reprendre l’un de ses personnages cultes vingt ans après Rambo 3, et en endossant pour la première fois le rôle de réalisateur sur un film de la série, on pouvait supposer qu’il avait quelque-chose en tête. C’est ainsi qu’au commencement de John Rambo j’imaginais que Monsieur Sylvestre souhaitait sans doute profiter du film pour créer une réflexion ; et entre deux bastons supraviolentes à un contre un million, faire passer un message plus personnel.

Et bien en fait, non.

Après des années de guerre, Rambo s’est retiré en Thaïlande et vit isolé dans la jungle. La guerre et ses atrocités semblent appartenir au passé. Mais lorsqu’un groupe d’humanitaires lui demande de l’aider à franchir la frontière birmane pour secourir les victimes d’exactions, John accepte de les guider en amont de la rivière.

Malheureusement, la mission humanitaire est prise pour cible par les militaires birmans. Rambo se joint alors à un commando mercenaire afin de secourir ses protégés.

Autant le dire tout net, John Rambo n’est pas un film introspectif sur la reconversion d’un vétéran meurtri. Ou du moins, pas plus que ses prédécesseurs. Si effectivement l’ancien foudre de guerre semble fuir sa « véritable nature » d’assassin dans la première partie, le ressors scénaristique reste largement anodin, et limité dans le film à une introduction un peu longue à base de Sylvestre-fronce-les-sourcils, Sylvestre-tord-la-bouche et Sylvestre-ne-cherche-pas-les-embrouilles. Après quarante-cinq bonnes minutes de mise en jambe, le film passe au coeur du sujet et balance du Sylvestre-dérouille-des-méchants puissance mille.

Rambo, humain de 62 ans et barbare de niveau 20.

Malgré tout, Stallone a bien du mal à convaincre alors que son rôle n’a pas changé vingt ans après ses derniers cabotinages. Si le premier volet était un bon film doté d’un vrai propos en son temps, les suites n’ont fait de développer les faits d’armes du personnage titre à grand renfort de baston, sans créer de véritable matière sur laquelle fonder une histoire. Le scénario minimaliste du film n’évite pas le manichéisme primaire entre les gentils américains et les méchants birmans assoiffés de massacres gratuits. Les acteurs ont beau faire au mieux, les rôles secondaires se démènent sans arriver à exister face à Sly, colossal et présent sur 98% des plans.

Reste la baston, furieuse, violente et bien tournée. Mais l’absence totale d’enjeu rend assez vite l’action elle-même inintéressante, et alors que les cadavres anonymes s’empilent dans la boue, on se surprend à penser à autre chose. Trop peu inventif, y compris dans ses combats, scolaires, et sans imagination, ce quatrième volet n’arrive pas à masquer la rouille qui semble s’être emparé de Stallone à soixante ans révolus.

Frileux au risque, le Hollywood d’aujourd’hui cherche dans son passé la matière des son inspiration. La mode est aux reboots, aux préquelles et aux suites, si possible de licences mythiques. Dans cette logique, reprendre Rambo devait leur apparaître comme une bonne idée. Oui mais voilà, même les plus grands mythes finissent accuser le poids des années. Et Sylvester Stallone, même après avoir incarné les plus indestructibles combattants du cinéma américain, se révèle finalement un homme comme les autres : mortel.

-Saint Epondyle-

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

8 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Et encore si c’était un nanard, ça pourrait être divertissant, mais là, gros ratage en règle de la part de Stallone : ni trop bien pour être apprécié, ni trop raté pour être moqué, le film se situe dans le creux de la vague, là où prospère l’ennui et la beaufitude.

  •  » se révèle finalement un homme comme les autres : mortel. » Je suppose que tu a vu à un certain moment la mort de Rambo dans ce film? Étrange moi pas. Sa plus grosse blessure consiste à une balle dans l’épaule qui à l’air de le faire autant souffrir qu’une balle de paintball. Et qui a dit qu’il n’y avait pas de message? Tu fait quoi de la dénonciation de la situation en Birmanie? Enfin…. Le seul point où je serais d’accord avec toi c’est dans le fait que les combats sont peu imaginatifs….

    • Je ne parle pas de la mort de Rambo, mais du vieillissement de Stallone. Effectivement il traverse presque tout le film sans une blessure.

      Je n’ai pas vu de dénonciation de la situation en Birmanie, mais seulement un film aux relents impérialistes assez nauséabonds.

      Merci de ton commentaire !

  • T’es certainement passé à côté de beaucoup de choses… Le fait que justement la baston n’est pas constamment au rendez-vous, le fait que Rambo ne fait pas ça seul et qu’il ne fonce plus dans la tas comme un gros bourrin comme dans le II et le III.

    La mort qui n’est plus un acte jouissif pour le spectateur mais bien l’horreur réelle de la destruction des corps à outrance en Birmanie. L’anonymat des gens qui meurent est primordial pour montrer la déshumanisation de ces gens apatrides.

    Par la même occasion quand John dit qu’il fait ça pour lui c’est juste une remise en question complète du héros reaganien. Le héros reaganien c’est celui qui fait ça pour sa patrie, si d’un coup le réalisateur nous dit qu’en fait le personnage a toujours tué pour lui même, ça remet complètement en cause le statut de héros reaganien de Rambo.

    En France on a souvent reproché à Stallone de faire de la propagande pour le gouvernement mais en fait il n’hésitait pas à glisser des tacles à Reagan car Stallone n’incarne pas le héros de Reagan mais celui du peuple.

    C’est un bref résumé, je développe pas et il y a encore beaucoup de choses à dire à propos de ce film, mais ce n’est certainement pas un film destiné au boum boum sans consistance. D’ailleurs tu le dis toi même puisque tu parles d’une « introduction un peu longue ». Faut voir ton film au delà des dialogues, ici on te montre un personnage marqué par le temps. Regarde la représentation du héros dans les années 80 qui est fort empruntée au culturisme et compare avec ce que tu vois dans ce film, ça n’a clairement rien à voir.

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.