Cosmo [†] Orbüs

[Film] Fast & Furious 5

L'affiche du film

[« Oublie la finesse. »]

Si tous mes lecteurs sont mes amis, tous mes amis ne sont pas mes lecteurs. Or, c’est mon ami -et lecteur- Funky, qui m’invita récemment dans un cinéma parisien afin de voir le fameux dernier film de Vin Diesel, j’ai nommé Fast 5, à la seule condition que je fasse un article complet sur le film après la séance. Et comme il ne sera pas dit que je détruirai par principe une production culturelle quelle qu’elle soit (si si, culturelle), c’est en déployant des efforts surhumains d’objectivité que j’essayais d’aborder ce film sans préjugé. Allons donc gaiement faire la critique à peu près objective de ce film.

En arrivant sur le lieu ou je m’apprêtais à perdre deux heures de ma vie devant un navet insipide, je fus conforté dans mon impression par la constatation du vide absolu de la salle, mis à part notre trio de galère. Le fait d’avoir la salle pour nous ayant toutefois l’avantage de nous permettre de commenter le film à voix haute. Malgré tout, je rassemblais au début du film toute ma bonne volonté, afin d’aborder honnêtement cette superproduction, et de la juger sur pièce. Malheureusement, la scène d’ouverture eu pour effet de faire voler en éclats mes intentions louables, par un excès de bourrinisme écervelé, d’incohérences visuelles et de mauvais jeu d’acteur.

Fast 5 est l’histoire de Dom (Vin Diesel), un voleur de voitures en cavale avec sa soeur et le copain de celle-ci. Réfugié à Rio au Brésil pour échapper à la prison à laquelle il est promis dans son pays d’origine (essayez de deviner de quel pays il s’agit), il décide de s’attaquer à un parrain local, dieu vivant du commerce de stupéfiants et homme d’affaires sans scrupule (pléonasme à Hollywood, ce qui d’ailleurs est paradoxal). Car voyez-vous, notre cher voleur de voiture recherché par le FBI est en réalité un homme bon, qui ne tolère pas le trafic de drogue ni la corruption, et qui donc ne peut s’empêcher de les combattre, même lorsqu’il est censé être discret (ce qui est délicat au vu de son look, je vous l’accorde).

Pour arriver à ses fins, et empocher au passage les 100 millions de dollars que le méchant brésilien conserve en liquide dans un coffre unique situé… au commissariat central de Rio (!!!), Dom va recruter une fine équipe afin de monter « un coup ». On nous inflige donc l’éternelle scène du recrutement de la « team », chacun des membres étant présenté comme expert d’un domaine particulier : le fana d’électronique, le conducteur hors-pair, le chinois pour les quotas, le baratineur… Cette scène est d’ailleurs un pur exercice de style puisque les membres de l’équipe n’agissent pas dans la suite du film spécifiquement selon leurs capacités supposées.

Le film se ventile en trois parties d’un tiers chacune. Premièrement la phase de présentation des personnages et de la situation, avec l’arrivée fracassante d’un flic de choc interprété par le catcheur The Rock, ainsi que de la (belle ?) fliquette qui le seconde ; mais également celle de l’immonde homme d’affaires maléfique et de ses pratiques malhonnêtes. Puis vient la phase de préparation du plan des héros, plan destiné à dérober la fortune dudit méchant. Puis vient enfin la phase de conclusion, en forme de gros n’importe-quoi dans laquelle le flic qui les pourchasse se rallie à Dom et son équipe (!) et ou le plan de base est finalement abandonné au profit d’une bonne séance d’open-bourrinisme alliant flingues et bagnoles. « Oublie la finesse. »

En plus de son esthétique discutable quoiqu’assumée, les principaux points faibles de Fast 5 sont clairement ses innombrables incohérences scénaristiques, le foirage général de toute les tentatives de rapprochement avec d’autres genre de cinéma, et bien-sûr le jeu déplorable de ses acteurs.

D’abord, les incohérences sont présentes dans chaque scène ; depuis le millionnaire qui entrepose son argent en liquide dans le commissariat, flingue ses sbires -lui-même- dans son bureau, jusqu’au flic qui le descend à bout portant (sans qu’il ait commis d’infraction d’ailleurs) et retourne tranquillement dans son bureau sans qu’on lui demande rien, l’intégralité du film en est gangrenée. Et encore, je ne parle pas des raccourcis narratifs à deux francs, comme le fait que Vin Diesel puisse se téléporter dans l’appartement d’une flic qu’il a vu une seule fois, sans fracturer la porte ni posséder la clé, et en ayant a priori pas l’adresse ; ou encore la scène d’anthologie de l’empreinte digitale sur le maillot de bain en nylon ; ou aussi le fait que les gangsters des favelas attaquent à vue, au bazooka, les forces de l’ordre qui sillonnent leur territoire, a fortiori lorsque celles-ci quittent les lieux après avoir arrêté leurs ennemis communs. Notez que je ne parle même pas de scénario, juste de cohérence. Mais visiblement c’est encore un peu trop demander.

Côté rapprochement avec d’autres genre, Fast 5 n’essaie pas de plagier Woody Allen, mais plutôt les films à la Ocean’s Eleven de Soderbergh. En somme, le principe est de monter une équipe dont chaque membre possède sa personnalité et ses caractéristiques (sic), et de monter un plan infaillible pour réussir le casse du siècle. Or, la dream-team est totalement écrasée par la présence massive de Vin et, dans une moindre mesure, du blond. Même le plan infaillible est non seulement bancal, mais en plus abandonné par les personnages juste avant leur passage à l’acte. Autant dire que la mayonnaise ne prend pas. Pour vous dire : on nous inflige au moins quatre scènes distinctes où les personnages à l’entrainement essaient de rouler assez vite pour passer entre deux actualisation de l’image d’une caméra de surveillance, pour finalement ne pas avoir besoin de le faire.

Enfin, le casting du film est un concours d’absence de charisme et de manque total de finesse. Le blond ne sait faire qu’une seule tête vaguement contrite et vaguement provocante (« Tu me cherches ? »), Vin Diesel jongle au mieux entre ses trois expressions faciales que l’on pourrait lister comme étant 1/ Blasé-contrit-gros-dur 2/ En pleine action et 3/ Joie mesurée. Enfin, les trois seules femmes du film occupent des rôles de façades destinés à servir d’appât à un public exclusivement masculin et ouvertement beauf.

Un tel déversement de clichés et de raccourcis misérablement crétins laisse supposer que le mauvais cinéma se porte bien. Pour parfaire ce tableau navrant, une scène cachée tout à la fin du générique du film ouvre clairement le champ pour une suite. Je ne prendrais pas trop de risques en imaginant que le sixième opus saura se montrer à la hauteur de ses prédécesseurs, et que les « beautés » en bikini le disputeront toujours aux grosses cylindrées chromées et aux gros flingues brillants. Avec des acteurs toujours plus chauves, toujours plus tatoués, toujours plus musclés et toujours aussi crétins, le spectacle promet d’être encore plus fast et encore plus furious.

-Saint Epondyle-

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Un seul commentaireVous en pensez quelque-chose ?

  • Moi je trouve que c'est un film à "déboîter des culs de poney" si j'ose m'exprimer ainsi. On voit des belles caisses faire ronronner leur moteur en présence d'agréables potiches.

    De plus l'identification au héros est immédiate, voilà un film qui vend du rêve.

    Que demande le peuple ?…

    Moi je ne rêve que d'un Action Man contre Triple X en 3D…

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