Cosmo [†] Orbüs

Elysium | Blomkamp revient aux fourneaux

Matt chauve et creux.

[Ils te traqueront jusqu’au bout du monde
pour avoir fait ça.]

C’est peu dire que j’attendais beaucoup du dernier film de Neill Blomkamp, le réalisateur du très bon District 9. Dans la cascade de blockbusters plus médiocres que valables, Elysium apparaissait au départ comme une tentative de film -à gros budget certes- mais doté d’un message engagé en plus d’une esthétique fort travaillée. Bref du fond et de la forme, la marque de fabrique du réalisateur.

Le problème de l’Hollywood d’aujourd’hui, comme en publicité et en politique, vient en partie de la communication. Chaque nouveau blockbuster nous promet d’être le spectacle ultime, à grand renfort de marketing mondial aussi fin qu’un tyrannosaure dans un poulailler. Conséquence : de bouses en « bon divertissements », on est toujours peu ou prou déçu de nos séances de cinéma. En la matière, Elysium est un cas d’école.

L’histoire du film tient en peu de mots.

La Terre est ravagée par la surpopulation, la pollution et la maladie. Devenue un bidonville géant, la planète est habitée par la majorité des humains, les besogneux, les démunis, alors que l’élite richissime s’est retirée dans une station spatiale nommée Elysium. La bas, pas de maladie, pas de guerres, pas de problème. Les riches jouent au golf dans leurs maisons ultramodernes, verdoyantes et spacieuses.

Max est un ancien gangster en quête de reconversion. Après qu’un accident de travail l’ait soumis à une dose de radiation mortelle à court terme, il décide de tout faire pour rejoindre Elysium et s’y faire soigner.

Le tableau de base du film ouvre sur la différence fondamentale entre la Terre d’un côté et Elysium de l’autre. Alors que les pauvres luttent pour survivre dans une favela géante, les privilégiés s’adonnent à des luttes de pouvoir tout en repoussant les navettes chargées de clandestins qui cherchent à entrer sur leur territoire. Cette idée de départ est plutôt bonne quoiqu’un peu caricaturale ; et renvoie forcément à la situation sociale réelle, en particulier aux questions d’immigration clandestines et aux politiques de rejet des pays occidentaux. La métaphore a beau être assez lourde, elle n’en demeure pas moins efficace et contribue à poser les bases d’un univers injuste et intégré à bel écrin de science-fiction cradingue d’un coté, et hyper-technologique de l’autre.

De bien beaux décors.

Pourtant et comme on pouvait s’y attendre, Elysium pèche largement par la vacuité de son scénario, ses incohérences foireuses et surtout, surtout, le charisme inexistant de son héros. De manière générale d’ailleurs le peu d’empathie pour les personnages a du mal à nous mobiliser sur les enjeux de l’action. En conséquence, la fin du film téléguidée et trop naïve peine vraiment à émouvoir.

Matt Damon a beau être un très bon acteur, son personnage est totalement inepte et ses objectifs comme son histoire restent assez lisses pour ne pas nous accrocher. Qu’il subisse un accident mortel, une opération chirurgicale ultraviolente ou qu’il affronte les sentinelles robotiques d’Elysium, on est plus préoccupé par le niveau descendant de notre paquet de pop-corn que par sa réussite.

Un méchant cinglé et original comme je les aime.

Au niveau des personnages secondaires Jodie Foster campe plutôt bien une ministre de l’intérieur pleine d’ambition (malgré une VF à hurler), mais c’est surtout la prestation de Sharlto Copley en mercenaire complètement givré que je préfère retenir. Pour faire court, Elysium aurait peut-être pu être vraiment intéressant en utilisant Kruger comme personnage principal au lieu de Max. Ce rôle de méchant atypique rappelle l’étonnante et très différente prestation de l’acteur dans District 9 et me fait dire qu’il mérite d’être suivi.

Pourtant, Elysium avait de bons arguments de départ. Son univers d’abord, dont les grandes lignes sont brossées dans la première moitié du film. Son esthétique ensuite, une science-fiction réaliste, sale et usée que je trouve aussi crédible qu’esthétique. L’imagerie du film est au service de son univers et d’un message social, qui aurait sans doute pu passer si les scénaristes ne l’avaient troqué à la moitié du métrage pour des scènes de combat au ralenti et trop longues. Dommage que ces arguments soient une fois de plus balayés par un schéma hollywoodien de base.

En conclusion, Elysium est un film de science-fiction honnête, dont les bonnes idées et l’univers intéressant ont été comme trop souvent sacrifiés sur l’autel d’une tête d’affiche connue et d’une intrigue trop grand public. En effaçant ce qui faisait le sel de son postulat de départ au profit d’une morale manichéenne et de personnages insipides, Neill Blomkamp ne réitère pas le tour de force de son film précédent. Il n’en demeure pas moins qu’Elysium est un film au concept original recherché et porteur d’un message plus osé que la plupart des blockbusters de son temps. Malgré tout, le film reste globalement décevant et certainement pas impérissable.

-Saint Epondyle-

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7 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Bon… celui-là je vais donc essayer, bien que ce soit fou que depuis quelques années, des titres et des scénarios que j’aurais regardé avant ne passent plus du tout, pour raison évidente de foutage de gueule.

  • Mon avis sur ce film est très similaire au tien. Blomkamp m’a déçu, je m’attendais à un nouveau Shyamalan (dans un registre différent) et c’est devenu un pur hollywoodien vulgairement marchandé sur la notoriété de District 9. Bref…

    • Ah oui, j’oubliais : Sharlto Copley est à suivre pourvu qu’on lui donne les rôles qui vont bien. Il faut reconnaître que même dans L’Agence Tout Risque, il s’en sort bien. Il a du potentiel ce gars là. Je l’aime bien.

      • @derynnaythas > C’est à dire ?

        @L’Ours > Sauf que Shyamalan a aussi fat de mauvais films ; on n’est pas à l’abri d’une bonne surprise de Blomkamp, mais a priori n’y comptons pas trop.

        Merci de vos commentaires.

        • Shyamalan n’a pas sombré dans l’hollywoodisme dès son deuxième film, et il n’a pas non plus merdé si tôt dans sa carrière. Pour moi son premier gros échec impardonnable c’est Le Dernier Maître de l’Air.

          Quant à Blomkamp, qu’il m’ait déçu si tôt après District 9 n’est pas rédhibitoire. Il a ses chances. Mais il est maintenant handicapé par Elysium, voilà tout.

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