Cosmo [†] Orbüs

Dhoom : 2 | Indian facepalm

Dhoom 2 affiche

Non non non, ne partez pas déjà !

[Dhoom dhoom just take my life,
Dhoom dhoom just break my heart !]

C’est bien gentil de prôner l’éclectisme et de descendre en flammes les films ultra-standardisés de la production hollywoodienne, encore faut-il savoir s’ouvrir aux alternatives, par exemple en regardant ce qui se fait ailleurs. Ma connaissance du cinéma asiatique est très limitée, en gros à quelques noms coréens (Park Chan-Wook et Bong John-Oh) et japonais (Miyazaki). Mais du cinéma indien, le premier au monde par son volume de production, je ne connais quasiment rien. J’ai donc saisi l’occasion d’en voir un peu plus lorsqu’elle s’est présentée.

Dhoom : 2 est un film musical qui mêle action et romance dans une esthétique bollywoodienne surkitsch à faire pâlir les pires nanards américains. Une histoire basique de course-poursuite entre policiers et voleurs sert de prétexte à des scènes d’action débridées et des chorégraphies chantées dans le plus pur style du genre. Face à Dhoom : 2, le spectateur occidental doit faire un choix. Soit regarder le film avec sa grille de lecture habituelle et assister -médusé- au plus grand déversement d’aberrations narratives, visuelles, et au plus mauvais jeu d’acteur depuis Hitman le Cobra ; soit abandonner à la porte tout son bagage culturel et accepter le film en tant que tel, sans essayer de séparer le bon grain de l’ivraie, ni le premier du énième degré.

Car Dhoom : 2 est une hallucination totale.

Mister A. est le meilleur cambrioleur international, du genre à braquer le train de la Reine d’Angleterre en parachute au milieu du Sahara avant de s’enfuir en surfant sur les dunes. Oui, je sais. Après une série de larcins dans le monde entier, la police de Mumbai s’attend à le voir officier en ville et se prépare à le recevoir. Pour l’inspecteur de choc Jay Dixit et sa collègue Shonali qui traque Mister A depuis longtemps, il s’agit de le coincer coûte que coûte.

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A gauche les deux flics (si si), au centre la bombe au jeu trouble, à droite les voleurs dont Hrithik Roshan, roublard de niveau 99 et bogoss latino indien ascendant 2be3.

On ne va pas se mentir, Dhoom : 2 n’est pas le genre qu’on regarde au départ pour son scénario. Petite merveille de n’importe-nawak total, le film met en scène des personnages à ce point stéréotypés qu’ils en deviennent quasiment symboliques. C’est peu de le dire. Aussi leurs introductions et les scènes importantes de l’intrigue sont mises en scène en musique lors de clips aussi expressionnistes qu’un Walt Disney. On surjoue à mort, et chaque tournant de l’intrigue est prétexte à des chorégraphies enflammées et sensuelles sur fond d’Indi Pop ultrasucrée. Les acteurs, à commencer par les stars indiennes Hrithik Roshan et Aishwarya Rai, jouent aussi mal qu’ils dansent bien. Et ils dansent très bien.

Alors que beaucoup de nanars peinent à donner le change avec un budget minimaliste et des effets spéciaux à deux balles, Dhoom : 2 surprend avec des moyens conséquents et un assez bon niveau d’effets visuels. Mais surtout, surtout, la mise en scène des passages d’action ne fait aucune concession au réalisme et assène un énorme bras d’honneur au concept même de vraisemblance. On assiste alors à des courses-poursuites rollers contre hélico, à une attaque surprise depuis un jetski caché au fond de l’eau (avec le type dessus), et à une série de braquages complètement fumeux mais très efficaces sur le plan du délire narratif.

Alors bien sûr, difficile de ne pas voir dans le film les nombreux emprunts au cinéma d’action hollywoodien. Pourtant, impossible également de ne pas le prendre comme un digne représentant de sa culture d’origine, quasiment inexportable. Savoir si je l’ai apprécié au premier ou au second degré n’est même pas la question, tant il est impossible pour moi de croire une seconde à ce que j’y ai vu. Et pourtant a force de repousser les limites du nawak, le film a réussi à me prendre à contre-pied, y compris grâce à des rebondissements pas si stupides sur la fin. Dhoom : 2 n’est pas un film du même tonneau que les navets que j’ai l’habitude de voir. Il vient de plus loin, d’une autre culture, il est à ce titre surprenant et stéréotypé, ridicule et captivant, et réussit à m’embarquer sans difficulté. Pendant deux heures quarante, Dhoom : 2 suit sa propre logique à grand bruit, charge à nous d’embarquer à sa suite ou de nous faire rouler dessus.

-Saint Epondyle-

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