Cosmo [†] Orbüs

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté | Bouse sacrilège

L’affiche

[« Ô douleur ! Ô douleur ! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur,
Du sang que nous perdons croît et se fortifie ! »
– Baudelaire, L’Ennemi]

Voilà un certain temps que je n’avais pas eu l’occasion de voir quelque chose d’aussi mauvais. Pourtant, je dois bien dire qu’en m’infligeant Astérix et Obélix : au service de sa Majesté je me doutai fort bien de ce que je risquai d’y trouver…

Une énorme daube. Et je reste poli. Depuis le décès du -très- regretté René Goscinny la plupart de son héritage a été soumis à rude épreuve, et spécialement Les Aventures d’Astérix. Mais constater une nouvelle fois le niveau affligeant de nullité auquel le cinéma français est capable d’arriver me procure un profond sentiment de malaise, de colère et une sérieuse pointe de dégoût. Faire aussi minable avec une matière première si riche, intelligente et unanimement reconnue dénote au mieux une totale incapacité à comprendre l’oeuvre originale, au pire une réelle volonté de la saccager.

Le film donc, se propose de mixer l’histoire d’Astérix chez les Bretons et Astérix et les Normands au sein d’une seule et même aventure enrichie appauvrie d’éléments nouveaux issus de l’absence sidérale d’imagination des scénaristes. Etant donné les albums géniaux dont ils s’inspirent, on aurait pu supposer que lesdits scénaristes disposaient largement de quoi faire un film au minimum un peu drôle. Et pourtant, ç’aurait été bien mal connaître le talent de sapeur de monsieur Laurent Tirard, également responsable du meurtre sauvage du Petit Nicolas en 2009.

Pendant près de deux heures s’enchaînent des situations excessivement poussives ou de nombreux personnages totalement hors-sujet viennent participer au massacre. La trame de fond se perd en détours narratifs insurmontables, les longueurs deviennent la norme et les acteurs -pourtant un sacré casting- n’arrivent qu’à inspirer une pitié sincère. Entre amourettes foireuses (WTF ?) et morale suintante à l’américaine, l’histoire pourtant simple arrive même à devenir confuse en multipliant les points de vue aléatoires et à cause d’un montage aussi gauche que lourd.

Grosso modo : une bouse à oublier dans l’instant.

On en vient à se demander comment Gérard Depardieu, Edouard Baer et surtout Fabrice Luchini ont pu se laisser embarquer dans un naufrage pareil. Les acteurs semblent ne pas avoir conscience du niveau pitoyable de l’ensemble du film ; malgré une liste de grands noms à faire frémir. A part Gérard Depardieu, aucun d’entre eux n’arrive à transmettre l’esprit de son personnage et chacun rame de son côté sans parvenir à faire bouger la galère.

Sous couvert de fidélité visuelle à la bande-dessinée, l’histoire, les dialogues et surtout le comique de cette dernière sont sacrifiés presque en totalité. Heureusement, si on peut dire, quelques gags sont repris tels-quels de la BD originale et tempèrent un peu notre crise de larmes et nos spasmes d’angoisse.

Niveau visuel, on note une certaine réflexion pour coller à l’esprit d’Astérix. Manque de bol : l’imagerie de la série est beaucoup moins facile à reproduire au cinéma que son esprit humoristique. C’est ce qu’avait compris Alain Chabat dans Mission Cléopâtre. Alors certes, les personnages et les décors sont ressemblants. Mais mon dieu que c’est laid ! Entre couleurs fluo, costumes en plastique et décors en carton, le film ressemble autant qu’il le peut au graphisme d’Uderzo et renforce ainsi son aspect de triste  parodie.

Astérix et Obélix : au service de sa Majesté est une incarnation vivante de l’incompréhension du grand-public vis-a-vis de la bande-dessinée. Jugée enfantine et donc non-sérieuse, la finesse humoristique, les trouvailles langagières et parodiques passent totalement à la trappe pour coller à ce que les profanes nomment -une pointe de mépris dans la voix- « l’esprit BD ». Et vive les effets spéciaux dégueulasses, la laideur visuelle et la vacuité totale du propos. Ce film, et la plupart de ses prédécesseurs, pèche par ignorance dans le meilleur des cas. Leurs auteurs ignorent qu’au delà de son aspect enfantin et de son trait stylisé, derrière Astérix se cache avant tout un auteur, l’un des plus brillants auteurs comiques français du XXème siècle. Alors pardonnez-leur monsieur Goscinny, ils ne savent pas ce qu’ils font.

-Saint Epondyle-

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5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Le public juge peut-être la BD comme infantile, n’empêche que nombre de gags d’Astérix, je n’ai pu les capter qu’une fois que j’aie commencé à avoir du poil au machin. Je crois que ce qui a fait le plus de mal à tout ça, c’est la condescendance de la critique qui a cantonné ce médium à des enfantillages.
    Je n’ai pas vu ce film-ci, et je n’irai pas le voir (précision: je me battrai avec le fanatisme des défenseurs de Stalingrad si on m’y entraîne), mais je crois qu’on est dans un processus trop télévisuel d’aller dans le sens du public dans ce qu’il a de petit et insignifiant dans son approche du médium. En gros, l’habituer à bouffer de la merde pour qu’il en réclame encore.

    Pour moi, ça fait longtemps que le cinéma français n’a pas pondu de comédie majeure. Je vais me refaire un Georges Lautner, pour la peine.

    • @Café-Clope > On est bien d’accord. :(

      @Jean > Je ne pense pas que la 3D apporte grand chose, au contraire. Quand à la mouche qui m’a piqué pour voir ce film, si je la trouve, elle va passer un sale quart d’heure. :p

  • J’ai tenté de le regarder quand il est passé à la télé, il y a quelques mois. J’ai tenu moins d’une heure, période au cours de laquelle j’ai dû rire deux fois.

    En fait, le seul élément positif, c’est l’univers visuel.

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