Cosmo [†] Orbüs

[Film] 28 jours plus tard

La très belle affiche du film

[Les jours sont comptés.]

Nous parlions récemment de la question des genres dans l’imaginaire ; et en matière de film d’horreur comme partout, se trouve un certain nombre de classiques, qui deviennent des sous-genre à part entière. C’est bien entendu le cas du film de zombies -classique entre tous- dont 28 jours plus tard est un des fiers représentants. En voici mon pitch maison.

A la suite de la libération d’animaux de laboratoire infectés par un commando de militants écologistes, l’Angleterre fait face à la propagation extrêmement rapide d’un virus mortel. Cette infection qui se transmet par la sang et la salive, dite de la Fureur, anihile chez les humains toute capacité de sociabilité ou de raisonnement et les change en bêtes cannibales et monstrueusement affamées.

Un mois plus tard, un trentenaire lambda nommé Jim se réveille de plusieurs semaines passées dans le coma, dans un hôpital londonien désert. Totalement étranger à la situation, il commence à errer dans les rues à la recherche de quelqu’un de vivant.

28 jours plus tard met en scène une Grande-Bretagne post-apocalyptique, presque totalement désertée par ses habitants. Les villes et les campagnes sont seulement hantées par des hordes anarchiques de contaminés à la recherche de nourriture, et par quelques groupes de survivants luttant pour s’en sortir. Mais malgré leurs efforts surhumains pour survivre, ils savent que l’avenir ne leur réserve absolument aucun espoir. En plus de leur errance inutile et de leur combat permanent, les quelques rescapés doivent se tenir prêts à se débarrasser très vite les uns des autres si les évènements le nécessitent.

Assez lent dans son déroulement, le film se découpe en plusieurs parties distinctes et assez différentes, qui permettent de créer un renouvellement des situations et donc de ne pas se répéter. Esthétiquement, le réalisateur Danny Boyle réussit à instaurer un climat de malaise glauque permanent. Le montage alterne les plans généraux et lents souvent dénués de musique (comme les vues de Londres vidées de ses habitants), et les enchaînements très rapides de plans saccadés et filmés à l’épaule lors des scènes d’action.

Il y a des matins ou on ferait mieux de rester couché.

La grosse première moitié du film est consacrée à placer le décor et les personnages centraux ; alors que la seconde cherche à renouveler la situation par l’apport d’une nouvelle donne et de nouveaux personnages. C’est malheureusement à ce moment là que 28 jours plus tard commence à patiner un peu, jusqu’à nous offrir un final assez contradictoire par rapport au début du film qui commençait pourtant bien. L’esthétique et l’ambiance sont gâchés -heureusement pas par l’arrivée d’un Vin Diesel surarmé- mais par une fin bâclée. C’est dommage.

Le binôme classique entre l’acteur et l’actrice principaux fonctionne assez bien dans sa conjugaison des talents de Cillian Murphy et Naomie Harris – tous deux révélés par le film et cabotinant à l’envie d’un blockbuster à l’autre depuis. Les personnages secondaires sont assez inégaux, entre les très bons rencontrés au début et les méchants de la fin, frôlant le ridicule.

De la même manière que le film Battle Royale II, 28 jours plus tard commet l’erreur de chercher à créer autre chose que la seule survie, qui constitue en théorie le coeur de son sujet. De fil en aiguille, le film tombe donc le hors-sujet et le propos pseudo philosophique sans intérêt, avant de nous servir une happy-end partielle et malvenue.

En résumé, 28 jours plus tard est tout de même un bon film de zombies, à l’ambiance et à l’esthétique très prenante dans les premiers temps ; mais qui -cherchant le renouvellement- passe un peu à côté de sa deuxième partie. Danny Boyle ne maîtrise pas totalement son sujet, malgré de nombreuses très bonnes idées dans la mise en scène, l’ambiance et les personnages.

Depuis sa sortie, le film est devenu série grâce à l’excellent 28 semaines plus tard (réalisé par Juan-Carlos Fersnadillo) qui met en scène la suite des évènements ; et bientôt avec un 28 mois plus tard qui reprendra le concept en franchissant un nouveau cap temporel. Une idée d’évolution vraiment intéressante, espérons simplement que Danny Boyle saura relever son propre pari.

-Saint Epondyle-

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

5 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je voulais rebondir sur le sujet mais n'ayant le film qu'une fois, j'ai préféré revoir le film pour voir si mon propos tenait la route. Maintenant que je l'ai revu (merci d'avoir abordé le sujet, ça m'a permet de repasser un bon moment cinématographique), je ne suis pas entièrement d'accord avec toi sur le fait que Danny Boyle passe à côté de sa deuxième partie.

    Je pense que le changement d'ambiance est maîtrisé, pour amplifier l'horreur de l'humanité. Personnellement, si la première partie m'a fait peur à cause des infectés, la deuxième m'a horrifié sur ce qu'un être humain est capable de faire pour survivre. Le personnage principal fait un virage 180° : d'abord il est humain face aux infectés, ensuite, une fois qu'il s'est rendu que les êtres humains sont encore pire que les infectés (autant les militaires que le reste du monde qui ignore la situation de la Grande-Bretagne), il devient une véritable bête. Je pense que c'est ça qui est tout l'enjeu du film : montrer que l'humain réduit au rang d'animal n'est rien comparé à l'humain "civilisé".

    Pour la fin, j'avoue rester sceptique. Je ne suis pas sûre qu'il s'agisse vraiment d'un happy end mais je pense que ça dépend des sensibilités personnelles. Et pour anecdote, j'ai détesté la suite mais je développerai si le sujet vient sur le tapis…

    • Malheureusement, j'ai trouvé très indigeste le revirement dans la personnalité du héros, qui est pourtant un individu lambada que rien ne prédestinait à se changer en vengeur-bestial. Mais c'est ma vision des choses.

      Au niveau de la happy-end, elle est bien entendu relative puisqu'elle laisse quand même l'Angleterre dévastée. Mais le fait que le personnage masculin -après avoir sauvé la fille- finisse avec elle, j'ai trouvé ça vraiment nul. C'est une fin à la Shaun Of The Dead, à la différence que cet excellent film est une parodie. "Ouais ! Peu importe que le monde soit en feu, je suis à nouveau avec ma copine !"
      Et je ne reviens même pas sur le fait que le personnage de Naomie Harris, intéressante au début dans son rôle de survivaliste résignée, se change en nana standard de film d'horreur, uniquement bonne à être secourue par le beau héros… C'est dommage de saccager un beau personnage comme ça je trouve.

      Quand à la suite, c'est par elle que j'ai découvert la série des "28". Je l'ai trouvée autrement plus aboutie. Il faut dire que les hispaniques se posent là en matière de film horrifiques. La chronique très bientôt.

      Merci de ton passage, et d'avoir partagé ton avis en tous cas.

      • Oui, de ce point de vue là, je comprend le "happy ending" et je ne peux que t'approuver par rapport aux changement du personnage de Naomi Harris. Quant à la vision de la seconde partie du film, c'est sûr que cela dépend des sensibilités de chacun.

        Peut être n'étais-je pas réceptive à l'ambiance de la suite. En attendant de lire ton avis sur le sujet, je vais prendre le temps de le revoir. Mes opinions n'étant pas figés, peut être me plaira-t-il plus en me le remémorant…

        Et pour le passage, pas de quoi. Ça faisait un moment que je voulais prendre le temps de dialoguer sur un des articles (et les zombis sont toujours un très bon sujet de discussion). :)

        • Et bien tu es toujours la bienvenue. Zombies ou pas.

          Après, je ne fais jamais que donner mon avis subjectif (je ne crois pas beaucoup à l'objectivité de toute façon). Donc mon avis n'est pas nécessairement gravé dans le marbre.

          Sans compter que le "moment de cinéma" compte aussi beaucoup. Fast & Furious 5 est une daube, mais j'ai vraiment bien ri en allant le voir au cinéma… L'inverse est donc vrai aussi.

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.