Cosmo [†] Orbüs

Spirou, le journal d’un ingénu

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L’innocent Spirou, symbole de belgitude ?

« Regardez, c’est Tintin ! »

Je n’ai pas toujours été le pâle échalas dépressif que vous connaissez. Jeune adolescent dans la fleur de l’âge, fut un temps béni où je lisais Okapi. C’est dans cette divine feuille de chou que je découvris – entre deux Super Picsou Géant – l’auteur de BD Émile Bravo, et son album L’imparfait du futur.

A la fois intelligentes, aventureuses et drôles, les aventures de Jules (son héros) m’ont laissé de très bons souvenirs. J’ai donc été très intrigué en 2009, lors de la parution d’un album de Spirou et Fantasio signé de la main de l’auteur.

Le journal d’un ingénu s’inscrit dans une série de variations sur le thème de Spirou, réalisée par plusieurs auteurs depuis la presque-fin de la série originale. En s’emparant du groom bien connu, Émile Bravo fait table rase du style pulp-pour-enfants-franco-belge habituel  du personnage pour en proposer une version personnelle. On y découvre une des enfances possibles d’un jeune Spirou, pupille de la nation et petit groom sans le sou plongé dans la tourmente de l’Histoire. Et tant pis si ça ne colle pas avec la série assez grossière des Petit Spirou, car Le journal d’un ingénu a mieux à proposer.

Spirou, donc, est un garçon d’une dizaine d’années, groom au Moustic Hôtel de Bruxelles en 1939. Alors que les prémisses de la Seconde Guerre Mondiale grondent en Europe, notre petit héros vit dans l’insouciance malgré ses difficultés financières et son statut de jeune travailleur. Alors que l’hôtel est le théâtre de tractations secrètes entre polonais et allemands, le petit ingénu est le seul à ignorer que des événements dramatiques se trament sous ses yeux. Lui ne pense qu’à une jolie blonde.

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Le graphisme naïf et dynamique d’Emile Bravo rappelle (en plus moderne) la meilleure période de la ligne claire bruxelloise.

Le journal d’un ingénu est un album tout en finesse, qui jongle sans effort entre différents niveaux de narration et une dizaine de personnages plus ou moins sympathiques. Le héros m’a touché par sa naïveté teintée de bravoure, personnage enfantin finalement assez crédible et original. Tout ce qu’il dit et fait pourrait l’être par un enfant de 11 ou 12 ans, et ses préoccupations sont toujours assez éloignées de celles des adultes, conspirateurs. Pourtant il participe pleinement (et pas toujours exprès) au cours des événements.

Et ces événements sont dramatiques. Nous sommes à l’aube de la plus grande guerre de l’histoire européenne. Tour de force : Émile Bravo ne minimise pas les enjeux, ni le dénouement qu’on leur connait. Mais en se focalisant sur le point de vue de son petit héros, il en fait un fier représentant de l’identité belge d’avant-guerre ; une identité tout en second degré, entre neutralité héroïque et courage carrément naïf.

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Le tombeur

Le style de Bravo s’apparente à une ligne claire très inspirée de l’école franco-belge qui fit justement les grandes heures de Tintin et Spirou en leur temps ; qu’il enrichit de détails, de très belles couleurs « d’époque » et du trait expressif qui faisaient souvent défaut à la ligne claire d’antan.

Je n’ai jamais très bien connu Spirou et Fantasio (je ne les ai pas tous lus, loin de là), mais j’aime beaucoup les variantes d’histoires et de personnages classiques. Surtout lorsqu’elles s’inscrivent dans l’œuvre d’auteurs qui me sont chers. En prenant les commandes de ce personnage culte, Emile Bravo savait visiblement où il allait. Le journal d’un ingénu est un petit bijou d’innocence dans un monde de brutes ; du genre nécessaire par les temps qui courent.

-Saint Epondyle-

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3 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Salut, je laisse un commentaire ici c’est ça ? J’adore ce blog, c’est magnifique, euh, c’est bien ? C’est ça qu’il faut dire ? Oui, oui j’aime beaucoup, enfin, comme vous non ? Parce que si vous n’aimez pas je suis plus trop sûr d’aimer… Enfin je fais comme vous dites Maître, je .. Quoi ? Le billet ? Ah oui ! J’aime beaucoup, j’ai lu cette BD il y a un moment déjà. De toute façon on ne parle jamais assez de bande-dessinée franco-belge, c’est pourtant une des pierres angulaires de notre culture, un bijou de poésie, une salve d’humour populaire éducatrice et détendue.

    Bref, j’aime Spirou, j’aime Franquin (qui a quand même largement fait vivre le personnage),et tous ceux qui l’ont talonné de près où de loin.

    Voilà, c’est fini, je retourne dans ma petite case, je tourne la page.

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