Cosmo [†] Orbüs

RG Veda | CLAMP

[La réunion des six étoiles
décidera du sort du Ciel,

Mais du sein des ténèbres
un être descendra doucement,

Il gouvernera de ses mains le cours des étoiles.
– RG Veda, extrait de la prophétie]

J’ai lu il y a maintenant quelques temps le manga RG Veda, du groupe de dessinatrices CLAMP, également à l’origine des célèbres xxxHoLic et Tsubasa RESERVoir CHRoNiCLE. La lecture de la dizaine de tomes traduits de cette série unique reste pour moi une véritable expérience de lecture comme les seules les oeuvres les plus incongrues savent prodiguer.

RG Veda donc, met en scène un univers céleste, le Tenkaï, peuplé de dieux-guerriers luttant pour préserver leur monde des attaques incessantes d’innombrables incarnations démoniaques. Ces quasi-anges sont divisés en quatre clans (selon les points cardinaux, chacun protégeant la frontière du Tenkaï sur sa frontière), placés sous le règne de l’Empereur du Ciel : le cruel Taïshaku-Ten. Ce dernier règne sans partage et les seigneurs de chaque clan lui accordent une loyauté sans faille. Cette loyauté est pourtant fissurée au début de l’histoire, lorsqu’un enfant du nom d’Ashura fait son entrée dans le Tenkaï, porteur d’une prophétie selon laquelle les « six étoiles » (comprendre « six dieux-guerriers ») se fédéreront autour de lui et provoqueront la chute du règne de Taishaku-Ten.

L’histoire suit donc les pas du dieu-guerrier Yasha-ô (et son épée Yama-tô), protecteur d’Ashura, et des six autres « étoiles » qui les rejoignent en cours de route. Dans le plus strict respect du genre, l’intrigue ne varie pas d’un iota de la prophétie édictée au tout début, du moins dans ses grandes lignes, et se termine exactement comme on nous l’annonce au départ. Toutefois, d’autres sujets d’intérêt émergent petit à petit, en particulier la relation ambiguë entre Yasha-ô et Ashura.

Esthétiquement parlant, RG Veda est un défi que je ne recommande aux épileptiques qu’avec la certitude que les graphismes intérieurs sont en noir et blanc. Le dessin de ce manga est très peu lisible pour les yeux non avertis. Une des forces de Clamp est cette capacité à donner à ses réalisations des univers graphiques extrêmement particuliers, qui renforcent l’identité de chaque manga. Je citerai l’exceptionnel travail réalisé sur xxxHolic en guise d’exemple. Dans RG Veda, le graphisme est absolument unique et très typé du style Shojo (manga pour jeunes filles). Les couleurs sont chatoyantes, les personnages efféminés à l’extrême, les yeux immenses et les cheveux aussi longs que transparents.

Vos yeux fondent, c'est normal.

Pour être honnête, une pareille surenchère de kitsch à tous les étages, associée à un goût prononcé pour l’ambigüité entre les personnages (au sexe indéfinissable et tous plus ou moins épris les uns des autres) et un déversement de noms japonais m’a posé problème au début de ma lecture. J’ai bien cru ne pas réussir à terminer la série à cause des graphismes, série pourtant prometteuse lorsqu’on la considère avec un œil goguenard mais appréciateur.

Car RG Veda mérite d’être apprécié. Si je n’aurai jamais pu accrocher à une série en trente tomes du même tonneau, force est d’avouer que j’ai fini par adorer cette œuvre à nulle autre pareille (J’ai arrêté de me forcer après le tome 5, et réellement pris goût à la lecture). Le manga suit son déroulement dans le monde qu’il créé lui-même, peuplé d’êtres parfaits s’affrontant par milliards à coup d’épées légendaires, de pouvoirs mystiques et de prophéties millénaires ; et dans lequel un seigneur de clan abandonne tout y compris les siens parce qu’il tombe éperdument amoureux d’un marmot androgyne venu des étoiles.

Malgré ce très fort ancrage dans un style que je ne connais pas ni n’apprécie particulièrement en général, car il ne m’est pas destiné du tout (depuis des mois je suis incapable de finir Angel Sanctuary), RG Veda a su me séduire par son côté puissamment épique, son originalité à toute épreuve et la poésie empreinte de fantastique qu’il dégage. Le talent des auteurs se reconnait également à cette capacité de nous faire apprécier un voyage, au début un peu forcé. Et malgré mes réticences du début, je relirai bien la série aujourd’hui si j’en avais l’occasion. Quoiqu’il en soit, je la recommande sans réserve aux amatrices(teurs ?) de Shojo. Aux autres dont les goûts sont plus éloignés du genre, comme moi, je suggère de tenter la lecture comme un voyage incroyable qui ne plaira peut-être pas, mais ne laissera pas indifférent.

-Saint Epondyle-

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Un seul commentaireVous en pensez quelque-chose ?

  • Ah, Clamp! Encore un artiste que j'adore détester. Je n'aime pas leur style, mais genre pas du tout. Tsubasa Reservoir Chronicle peine à me passionner, le graphisme me laisse froid et je trouve les personnages à baffer.

    Pourtant, j'avoue que RG Veda, que j'avais vu il y a très longtemps (genre, XXe siècle), m'avais plutôt impressionné.

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