Cosmo [†] Orbüs

Le Château des étoiles, tome 1 | Alex Alice

La couverture de l'édition intégrale.

La couverture de l’édition intégrale.

[Ils se savaient pas que c’était impossible,
Alors ils l’ont fait.]

Dernière née de l’imagination féconde d’Alex Alice, Le Château des étoiles est une belle BD de space opera steampunk. La première époque, sous-titrée 1869 : la conquête de l’espace, est d’abord sortie sous la forme de trois gazettes indépendantes sur papier journal. L’intégrale reliée, superbement maquettée par les éditions Rue de Sèvres, regroupe ces trois chapitres dans un livre unique.

Découvert pour son travail sur Le Troisième Testament, Alex Alice est un auteur que j’ai tout de suite apprécié pour son style graphique réaliste et fantastique à la fois. Dans Siegfried, j’avais découvert que le dessinateur était aussi un auteur à la plume aérienne et poétique, passionné de mythologie. Le thème du Château des étoiles peut surprendre au départ, mais il s’inscrit pourtant dans la continuité de ses œuvres précédentes, avec une indiscutable originalité. On y retrouve son goût pour la culture germanique, son style graphique riche et dynamique, ici mis en valeur par la couleur directe et de belles teintes pastelles.

Rappelant autant Philip Pullman (À la croisée des mondes) qu’Hayao MiyazakiLe Château des étoiles est un conte de steampunk jeunesse qui peut être appréciée à n’importe quel âge. La BD raconte l’histoire de la conquête spatiale si elle avait eu lieu au XIXème siècle, en se basant sur une théorie dominante à l’époque : l’existence de l’éther. Pour nous présenter cette idée, je laisse la parole à l’auteur lui-même.

Jusqu’à la théorie de la relativité d’Einstein, l’idée était de dire que la lumière est une onde qui ne se propage pas dans le vide mais dans une substance difficilement qualifiable, qui est donc l’éther. C’est une hypothèse qui est selon moi très crédible pour l’époque. Mes personnages vont s’engouffrer dans ce mystère. Cela fait partie de la magie du sujet… À cette époque, on connaît beaucoup moins de choses sur ce qui se passe au-delà de l’atmosphère. Cette inconnue crée des écrits incroyables que ce soit ceux de Jules Verne sur la lune, ou des astronomes de l’époque sur les autres mondes possibles.

(via BD Gest)

Les couvertures au format gazette.

Les couvertures au format gazette.

A la suite de Séraphin Dulac, jeune et bien-sûr intrépide héros de notre histoire, l’auteur nous entraîne dans une aventure très dynamique dont le rythme rapide trouve son sens dans le découpage initial en chapitres indépendants. On ne perd pas de temps, et l’arrivée successive des personnages dans le récit permet d’éviter de longues scènes d’ouverture. Bien qu’assez stéréotypés, les personnages de Séraphin, Sophie, Hans et du professeur Dulac sont attachants (et j’espère que la suite développera un peu plus leurs personnalités). En plus des personnages fictifs, les présences de Louis II de Bavière et de sa cousine Sissi l’impératrice ancrent le récit dans un contexte historique réel, en lui apportant la profondeur d’un XIXème siècle esthétisé.

Mais le plus marquant dans Le Château des étoiles, c’est son graphisme léché entièrement réalisé en couleurs directes – et non colorisée après-coup. Quel mot suffirait à décrire les somptueuses aquarelles de ce premier tome ? A la fois lumineuses et pastelles, les couleurs illuminent l’aventure et les personnages d’une aura onirique fabuleuse, à des millénaires du rendu informatique souvent trop froid de nombreuses BD contemporaines. A la manière de Miyazaki dans Le Vent se Lève, Alice aime visiblement dessiner les mécaniques fabuleuses destinés à emporter ses héros au delà du ciel. Ce ciel d’ailleurs, est peint lui aussi avec des trésors de beauté dans le rendu des nuages et des atmosphères lumineuses. L’infinité de variantes colorées et la somptuosité des décors ne peut que forcer le respect. Avec l’utilisation de la teinte directe, le défi pour l’auteur était de garder le dynamisme des scènes d’aventure et des expressions des personnages. Autant le dire, c’est extrêmement réussi. On appréciera d’ailleurs d’autant mieux les images en lisant les gazettes originales, beaucoup plus grandes que l’édition intégrale.

Le Château des étoiles est une de ces œuvres qui font vivre un style déjà connu d’une nouvelle et fort belle manière. Moi qui adore toutes les variations et réinterprétations, je suis fort joliment servi par cette aventure riche et passionnante. Alice signe ici un album à la puissance narrative universelle et accessible à tous. Pourtant, il ne sacrifie aucune de ses exigences à la facilité et nous propose un album graphiquement ahurissant, très original. Comme tout ce que son auteur touche, Le Château des étoiles est un petit bijou dont le deuxième et dernier volet ne tardera pas de confirmer le statut de futur classique.

-Saint Epondyle-

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