Cosmo [†] Orbüs

Okko, le cycle de l’eau | Hub

Le cycle de l'eau, tome I

[Quelque soit le raffinement de ce kimono, il ne parvient pas à cacher votre nudité, Rônin. […] Mon mari, lui, n’aurait pas supporté l’affront de perdre son katana, et de se présenter ainsi. Il se serait, à n’en pas douter, sur-le-champ fait Seppuku !

Le Cycle de l’Eau II]

Alors que la vague culturelle japonisante déferle sur le monde, aucun domaines ne semble épargné. Et s’il est un domaine qui à souffert plus que les autres de l’arrivée de la culture nippone (ni mauvaise), c’est bien celui de la bande dessinée. Toutefois, à l’heure ou le manga s’est imposé en maître incontesté de toutes les librairies, la bande-dessinée de chez nous continue de se développer. Parmi elle, l’un des nouveaux venus retourne la situation en mettant en scène un univers med-fan japonisant, et se fait fort remarquer depuis sa sortie en 2005. Il s’agit de la série Okko.

Scénarisée et dessinée par le seul auteur Hub, la série Okko met en scène un univers très particulier et bien fait. Dix albums sont prévus pour conclure la série, axés par duos autour de cinq éléments primordiaux : L’Eau, la Terre, l’Air, le Feu et le Vide. Si chaque cycle forme une histoire distincte qui peut s’apprécier seule, il est bien entendu que l’ensemble de la série lue dans l’ordre fait découvrir au lecteur tout l’univers et l’histoire des protagonistes avec un immense plaisir.

L’histoire se développe autour d’un petit groupe de chasseurs de démons (qui rappellera de bons souvenirs aux donjistes), emmené par un samouraï sans maître (un rônin) : Okko. A ses côtés voyagent Noburo, un guerrier masqué indéfectiblement loyal quoiqu’autant mystérieux ; Noshin, un bonze grand amateur de saké ; et Tikku, leur jeune serviteur en charge des tâches quotidiennes. C’est d’ailleurs lui qui des années plus tard, se fait le narrateur des exploits dont il fut le témoin dans sa jeunesse. De cycle en cycle, les personnages iront d’aventures en aventures, visitant ainsi un univers très documenté (mais fictif), très riche de secrets et de mystères et surtout, particulièrement original. Si l’univers d’Okko reprend la base d’un monde japonais médiéval, il y apporte le fantastique avec une appréciable parcimonie ; de ce fait, on est d’emblée immergé dans quelque-chose de nouveau, ce qui est bienvenu. L’univers de la série est très en accord avec un monde de JdR. En effet, l’action d’un petit groupe de personnage dans un monde med-fan contre les forces obscures à de quoi éveiller le donjiste qui est en chacun de nous.

Le cycle de l'eau, tome II

Graphiquement, Okko reste très fidèle au style contemporain de la BD franco-belge (encore que celui-ci soit de plus en plus diversifié) et ne tombe pas dans le piège de copier le graphisme du manga. En effet, il aurait été très tentant de reproduire les visages aux grands yeux, les citations sur double-page et les coiffures pyrotechniques de la BD nippone, mais heureusement Okko évite la parodie et reste fidèle à ses racines. L’univers est rendu avec une grande précision et un dynamisme formidable. Il est par ailleurs intéressant de noter que le style évolue au fur et à mesure de l’avancement de la série, ce qui nous laisse espérer le meilleur des prochains.

La mise en couleur de Stéphane Pélayo se distingue par des atmosphères et des ambiances très crédibles et à l’occasion, fantastiques. L’utilisation d’une palette au moins en partie numérique permet un rendu des ambiances très appliqué et ne sombre pas dans l’excès de filtres Photoshop comme parfois.  J’apprécie également la fidélité et le travail sur certains éléments de détails, de costume et bien entendu de décors. Bref on est ici dans un style de nouvelle ligne claire très bien maîtrisé, souligné à l’occasion d’une pointe de traitement infographique de bon ton.

La trame même de la série rappelle les JdR med-fan les plus classiques, et principalement Donj, ne serait-ce que par le petit groupe des personnages principaux. Le scénario de chaque cycle est d’ailleurs récupérable quasiment tel quel lors d’une partie improvisée ou pas. L’auteur n’est d’ailleurs pas étranger au JdR puisqu’il est l’illustrateur de l’édition française du jeu Fading Suns. En outre, un jeu de rôles basé sur l’univers d’Okko existe : Okko, l’Ere d’Asagiri. Bien que Fading Suns et Okko soient joués dans mon club, je n’ai pas encore eu l’occasion de les tester. (Les témoignages sont les bienvenus !)

Aujourd’hui le troisième cycle, celui de l’Air, vient de se terminer. On attend donc avec impatience le cycle du Feu ; puis celui du Vide, qui concluront une série qui ne les aura pas attendus pour se distinguer. Que ce soit par son univers très original, son trait dynamique et imaginatif, ou plus généralement tout le soin apporté à sa réalisation, il est bien possible qu’Okko soit propulsé dans la bibliothèque des classiques par ses quatre prochains tomes.

-Saint Epondyle-

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Un seul commentaireVous en pensez quelque-chose ?

  • Je me dois, l'Epon, de signaler que la culture Japonaise si effectivement elle a envahit le monde, elle ne l'a pas fait partout de la même façon (géographiquement), ni dans tous les domaines (il est certains que l'habillement, les spiritueux ou encore l'ameublement ont été largement épargnés par l'Empire du Soleil Levant). En effet, sans nier l'importance de celle-ci et l'influence (relative) qu'elle a eu sur la culture qui reste pour le moment dominante, à savoir l'Occidentale, elle reste cantonnée a certains produits et parfois a un apport à l'identique sans réellement influencer la totalité du domaine ( a ma connaissance la cuisine "Japonaise" (mettre des guillemets parce que généralement servie par des ressortissants Chinois du Guandong, du Fujian ou Zheijiang) n'a pas influencé les autres cuisines comme à pu le faire la Française, la Chinoise, l'Italienne ou l'Arabo-musulmane et reste transposée telle quelle). Si pour la BD européenne (soit Franco-Belge) il est vrai qu'il y a influence, c'est récent (et Okko en est la preuve), mais c'est à mon avis principalement du au lien spécial entre la France et le Japon au niveau culturel et n'est pas un phénomène à l'échelle de l'Occident (la France 2ème marché pour les mangas au monde, Japon premier pays pour le nombre de 3 étoiles au guide Michelin principalement a cause de l'expatriation des chefs français au Japon). Nous avons déjà eu une longue discussion a ce sujet mais pour tes lecteurs je me devais de nuancer tes propos.

    PS: Shippaï, tu sais que cela veut dire échec en Japonais ? Plus important, tu sais comment on l'écrit en Hiragana ou en Katagana ?

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