Cosmo [†] Orbüs

Le Tueur | Jacamon & Matz

[Tout le monde à les mains pleines de sang, et moi un peu plus que les autres,
mais pas beaucoup plus.
Moi ça se voit, c’est tout.

–  Le Tueur, Long Feu]

Le Tueur fait partie de cette nouvelle génération de la BD française, originale, cinématographique et novatrice. Réalisée par le duo Jacamon/Matz, La série se décompose pour le moment en deux saisons, dont la première comporte 5 tomes terminés, et la seconde seulement 2.

Comme son nom l’indique, la BD nous entraîne dans le quotidien et les pensés d’un tueur à gages international, payé des fortunes pour exécuter des contrats d’assassinat pour le compte de très riches commanditaires, plus ou moins fréquentables. Méthodique, consciencieux et appliqué, le Tueur (dont on ignore le véritable nom tout au long de la série) n’est pourtant pas un psychopathe ni un sadique, mais simplement un prestataire de services sur « le marché de la haine » (selon sa propre vision des choses).

C’est là la véritable originalité de la BD, le fait de nous faire partager en voix-off l’ensemble des réflexions du personnage principal dans l’histoire. On pourra ainsi apprendre quels furent ses débuts dans cette profession si particulière, comment il s’organise entre son travail et son (peu) de vie personnelle, et surtout comment il justifie cette profession tellement atypique et immorale. En illustrant son cynisme absolu par les hypocrisies et les atrocités de la société contemporaine, le Tueur ne manque pas d’arguments pour se sentir parfaitement à l’aise dans un métier où il excelle.

De fil en aiguilles et au long des différents tomes, on se prendra de sympathie (un peu malgré nous) pour ce personnage si particulier et pourtant pas détestable, ainsi que pour ses quelques amis : sa copine vénézuelienne (dont on ignore le nom), Mariano le narcotrafiquant colombien jovial et Antoine le flic parisien désabusé.

Le scénario lui même est très bien mené, comme c’est souvent le cas dans la BD noire actuelle (on citera Blacksad par exemple). Plutôt que de suivre uniquement sorte de « tranche de vie d’un tueur », une véritable intrigue viendra chambouler les habitudes et la tranquillité du professionnel. Les scènes sont bien rythmées et l’ensemble est à la fois très bien dosé et très prenant.

Le graphisme de Jacamon apporte à l’ensemble une originalité vraiment appréciable, même si son style ne fait pas l’unanimité, il sert à la perfection cette narration tantôt lente et propice à la réflexion, tantôt nerveuse et dynamique. Les ambiances sont très travaillées et peuvent changer du tout au tout selon les besoins de l’intrigue. Ainsi, on peut se relaxer et réfléchir en sirotant un rhum sur une plage du Vénézuela, puis trembler de stresse juste avant une fusillade surviolente dans les rues de Paris.

Techniquement, le trait du dessinateur est mis en couleur sur ordinateur et l’incrustation de détails numériques (écrans d’ordinateur, de téléphones portables) permet la création d’une ambiance toute particulière et très originale. De plus, le recours aux effets numériques pour certains effets lumineux très spécifiques donne un cachet à l’ensemble de l’oeuvre et une patte à nulle autre pareille. Je peux toutefois comprendre que certains lecteurs plus habitués aux mises en scènes classique ne se retrouvent pas dans ce genre de mise en images.

Loin du grandiloquent ou du pyrotechnique baroque de certaines autres histoires d’assassins, Le Tueur nous fait découvrir le fantasme du tueur à gages, tant de fois repris, sous un angle nouveau et que l’on a pas de mal à croire réaliste. Alors qu’on serait incapable de s’attacher outre mesure à l’agent 47 de Hitman, totalement creux et sans passé (comme son rôle de héros de jeux vidéo le nécessite), on aime s’identifier au Tueur et à ses amis.

Une BD à découvrir donc, et à suivre dans ses prochains déroulement. Pour un peu, elle nous donnerait même envie de penser à une reconversion professionnelle.

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