Cosmo [†] Orbüs

Fraternity, Livre 1 | Diaz Canales & Munuera

La couverture de l’album

[Tu es un homme libre,
avec tout l’avenir devant toi.]

Si on évoque souvent la bande-dessinée européenne sous le terme général « franco-belge », le terme historique est aujourd’hui un peu daté et ne recouvre plus une vraie réalité. C’est d’ailleurs plutôt du sud que nous viennent certaines parutions récentes, et plus particulièrement d’Espagne, pays d’origine de la BD culte Blacksad ainsi que du diptyque Fraternity écrit par les maestro Juan Diaz Canales et José Luis Munuera.

Le premier tome introduit un univers sombre et profond, ou un petit nombre de personnages s’opposent dans un univers plus proche du Sleepy Hollow de Tim Burton que du western. Mais malgré son ambiance sombre et lovecraftienne, les auteurs ne se contentent pas d’un récit d’horreur et proposent une histoire passionnante basée sur les idéaux et  les relations des personnages.

L’action se déroule au XIXème siècle dans une colonie de l’état de l’Indiana, aux Etats-Unis. Fondée par l’idéaliste Robert McCorman, la communauté indépendante de New Fraternity cherche à rendre viable un modèle de société parfaite, athée et non violente, rejetant la propriété privée et proclamant « l’indépendance mentale » des hommes et des femmes qui la composent. Déchirée par les querelles internes, la communauté est mise à rude épreuve lorsqu’un groupe de déserteur de la guerre de sécession viennent trouver refuge dans le village. Sans compter qu’une inquiétante créature rôde dans les bois alentours, et a déjà fait plusieurs victimes…

Entre conte fantastique et discours sur l’utopie d’une société parfaite, Fraternity réussit le tour de force de développer plusieurs propos en même temps sur seulement deux tomes, tout en abordant son histoire avec un style relativement contemplatif. Les personnages, les enjeux et le contexte général sont évoqués par les discussions des personnages. Entre Fanny l’institutrice idéaliste, Josiah l’utopiste révolté, Sawyer le traditionnaliste, Robert le patriarche et Emile l’enfant sauvage, les relations se tissent et les enjeux diffèrent.

Graphiquement, Fraternity possède une identité affirmée grâce au dessin de Munuera et aux couleurs de Sedyas. Malgré les ambiances qui sentent un peu le numérique et le dessin des personnages assez stylisé, l’ensemble est d’une belle cohérence, tout en sépia et pastel avec des gammes de lumière vraiment soignées. Il en résulte une atmosphère très spécifique, sombre et grise, parfaitement adaptée à l’histoire du diptyque et à son ambiance fantastique.

A la fois récit horrifique et réflexion historique sur l’utopie, Fraternity est une BD superbe et profonde. En présentant tous les personnages, leurs enjeux et leurs oppositions, le premier album du diptyque ouvre la porte au second avec brio ; en une cinquantaine de pages à peine, les auteurs placent leur univers avec une efficacité narrative incroyable, qui trouve son dénouement dans la deuxième moitié du récit. Pour les amateurs du genre mais pas seulement, Fraternity est une BD a découvrir sans tarder.

-Saint Epondyle-

Soutenez Cosmo ^{;,;}^
Vous pouvez soutenir Cosmo en réagissant par un commentaire, en partageant les articles et/ou en m'offrant un café (tip tip !). C'est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. Merci d'être là.

Devenez mécène

Laissez un commentaire ici plutôt que sur Facebook.