Cosmo [†] Orbüs

Blacksad | Diaz Canales & Guarnido

[Parfois, quand j’entre dans mon bureau, j’ai l’impression de marcher dans les ruines d’une ancienne civilisation. Non à cause du désordre qui y règne, mais parce que certainement cela ressemble aux vestiges de l’être civilisé que je fus jadis.
Blacksad, tome 1]

Je profite de la sortie récente du tome 4 de la bande dessinée Blacksad (L’Enfer, le silence), pour revenir sur cette série hors du commun. Il s’agit d’une série noire animalière, qui prend racine dans une Amérique des années 1950, éditée par Dargaud, scénarisée par Juan Diaz Canales et magnifiquement illustrée (dessin et couleur) par Juanjo Guarnido, deux auteurs espagnols très talentueux.

La première originalité de la série en tant que telle, est son dépaysement à chaque album. En effet, le risque aurait été de rester cantonné au genre « polar » très noir et forcément un peu répétitif au bout d’un moment. Le risque est balayé par les auteurs, qui nous proposent toujours un voyage dans une autre sphère de l’intrigue policière, et parfois dans un autre coin des Etats-Unis. Ainsi, Quelque part entre les ombres est le plus « polar » des quatre tomes ; il met en scène une enquête sur la mort d’une actrice à succès, ancienne amante du héros. Arctic Nation s’intéresse aux tensions entre les groupuscules racistes, prenant en tenaille les populations des quartiers défavorisés. Âme rouge est le plus politique de la série, et met l’accent sur la chasse aux sorcières et le climat de psychose propre à la guerre froide, du côté américain. Le dernier volume, L’Enfer, le silence, plonge dans le milieu du jazz et de la drogue à la Nouvelle-Orléans. Chaque nouvelle histoire offre donc un nouveau dépaysement et de nouveaux personnages.

Esthétiquement, on est en présence de la plus belle oeuvre de la décennie en BD classique. Les albums sont entièrement aquarellés par Guarnido, dont Blacksad est la première BD. Absolument sublimes, les graphismes sont à la fois typés, réalistes et superbement mis en scène.

La deuxième originalité de Blacksad est l’utilisation du genre animalier. Contrairement à De Cape et de Crocs on ne croise pas ici d’humains à proprement parler, même si bien entendu les animaux ne sont que des masques. Chaque personnage est un animal qui correspond à sa place dans l’histoire et à sa personnalité. Le héros, John Blacksad est un chat noir à museau blanc, le journaliste Weekly est une fouine, le commissaire Smirnov est un berger allemand, son assistant est un renard. Au long de l’histoire, on apprécie vraiment le choix des animaux pour chaque personnage, très bien choisis et parfois surprenant (comme le sénateur Gallo, un coq). Généralement, les amoureux dans les bars sont des tourtereaux, les gardes du corps des ours, les boxeurs des gorilles ou des phacochères….

Blacksad a cette particularité d’être très utilisable lors d’une partie de JdR. Que ça soit pour pomper (honteusement) une histoire, pour s’inspirer des personnages, des ambiances ou des intrigues, on peut réellement tirer parti de chacun des tomes. Ainsi, on appréciera les ambiances de villes américaines dans l’Appel de Cthulhu, et les enquêtes et les codes du polar dans COPS.

Dans tous les cas, Blacksad est une BD qui marque son temps, à la fois légère, finement drôle, romantique, torturée, passionnante et extrêmement mature. Malgré le côté animalier, il s’agit d’une BD adulte, qui gagnera encore en qualité dans ses évolutions, que nous espérons nombreuses !

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Je crois de mémoire (je n'ai pas ma bibliothèque sous la main pour l'instant), que tu fais référence au "sauvetage" de John par un chat roux inconnu ?
    Si c'est le cas, c'est certain que cet évènement (effectivement rappelé en fin de tome) est assez mystérieux. As-tu une idée sur le sujet ?

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