Cosmo [†] Orbüs

Blacksad : L’Enfer, le silence | Diaz Canales & Guarnido

La couverture de l’album

[Sartre affirme que l’enfer, c’est les autres.
La phrase est brillante mais je crois qu’elle reflète plus un état d’âme qu’une vérité universelle. […] Pour moi, l’enfer c’est le néant.]

On pouvait légitimement craindre que la série Blacksad ne s’essouffle au bout de quelques tomes. Une fois la surprise passée et les personnages principaux présentés, la routine n’était pas loin. Pourtant les deux auteurs Diaz Canales et Juanjo Guarnido ont su renouveler leur série dans chaque nouveau tome, grâce à une originalité et une atmosphère propre. Le quatrième tome, L’Enfer, le silence, ne déroge pas à la règle et contribue à placer Blacksad dans ce qui se fait de mieux en termes de BD européenne contemporaine.

Le tome 4 des aventures du détective John Blacksad prend racine dans la Nouvelle Orléans des années 1950. Alors que toute la ville vit au rythme du Jazz et du carnaval, les ruelles sont plus sombres et dangereuses. La musique, mais aussi la drogue et la violence y sont omniprésentes. Au milieu de la fourmilière, un musicien a disparu et son producteur fait appel à Blacksad pour le retrouver. Dans son enquête, le chat noir va découvrir de nombreuses choses et rencontrer de nombreux individus, payant de sa personne les excès de curiosités malvenus.

Le quatrième tome de Blacksad revient aux sources de la série. Alors que le tome 3, Âme rouge, relevait plus de l’espionnage et que son trait avait un peu perdu de sa particularité, L’enfer, le silence renoue avec le polar et les magnifiques aquarelles animales du dessinateur.  Les scènes sont cadrées sur un mode cinématographique qui rappelle forcément les meilleurs films du genre. Tout en créant une ambiance vraiment exotique autour des lieux et personnages de la Nouvelle Orléans des années 1950, l’album se rapproche graphiquement du tout premier : Quelque part entre les ombres. Le trait de Guarnido a gagné en assurance et en qualité, devenant avec le temps très adapté au format BD tout en gardant intacte sa spécificité graphique ahurissante.

Il a suffit de 4 tomes à la série pour devenir un classique. Et on sait pourquoi.

En plus de nous servir une histoire bien construite dans le plus pur style du roman noir, ce tome réussit à créer une véritable atmosphère dans laquelle on aime se laisser entraîner. Les auteurs ont réussi à créer avec L’Enfer, le silence une vraie immersion dans un cadre, une époque et un contexte unique.

Le scénario est bien ficelé et on est content de retrouver nos deux amis : John le chat détective et Weekly la fouine journaliste. Les personnages secondaires sont plus que jamais hauts en couleurs et bien trouvés autant dans leur personnalité que dans leur allure animale très soignée. Une limite toutefois : le découpage des scènes en flash-backs et ellipses narratives rend l’intrigue un peu difficile à suivre par moments. Du coup, on est obligé de prendre le temps de bien comprendre de quel moment il est question, ce qui nuit un peu au confort et a la fluidité de la lecture.

Pour autant ce petit défaut est loin de me gâcher le plaisir. De la première a la dernière case, l’ensemble de l’album baigne dans les jeux d’ombres et la musique jazz. Après le polar pur-jus du premier tome, les luttes raciales d’Artic Nation et le maccarthysme du troisième, le quatrième album de Blacksad confirme la maestria de ses auteurs et assoit définitivement la série au panthéon des classiques. Vous l’aurez compris, j’ai plutôt aimé.

-Saint Epondyle-

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