Cosmo [†] Orbüs

A un fil

« Extermines-les. »
Aussi basique qu’efficace

A mes compagnons d’aventure.
Inspiré de faits réels.

Le donjon est très sombre et exiguë. Dans l’étroitesse de l’endroit, nous avons un peu de mal à tenir tous les six. Mais voilà pourtant de longues heures que nous le arpentons, dans le noir, notre bardas sur le dos, englués dans une atmosphère nauséabonde de sueur, de pizza et de feutre véléda.

Entre Linstell et Gertrude les deux magiciennes, notre prêtre Günark et le voleur-ninja Wellby, je joue le rôle de tank principal. Chacun son utilité, c’est un principe de base. Je m’appelle Sigmund, et mon rôle c’est de passer devant et de taper dans le tas. Pas pour faire des dégâts, non, avec mes pauvres armes de mortel je suis une force de frappe quasiment négligeable. Je dois taper pour occuper l’ennemi pendant que les mages font le ménage à coups de sorts de haut niveau. Forcément, mon poste implique que j’encaisse les assauts adverses sans broncher. Frôler la mort fait donc également partie de mes attributions, tout en étant soigné magiquement et en continu par Günark derrière moi. Les défenses doivent tenir, ce genre de choses.

Les raisons qui nous ont amenés ici sont secondaires. Ce qui compte, c’est l’ennemi qui se terre tout au fond de ce trou antique, à qui nous devons faire rendre gorge. Son implication exacte dans un complot de grande ampleur se perd dans les limbes de mes souvenirs, et pour être franc ce n’est pas l’essentiel. Le plus important à l’heure où nous jouons, c’est de le trouver et de le passer par les armes. Pour sauver le monde, ce genre de choses.

Après des heures dans le noir confiné des caves sans fin, nous sortons enfin à l’air libre. Virtuellement au moins. La brise nocturne nous caresse le visage alors que nous respirons pour la première fois depuis des jours l’air l’extérieur. Il fait toujours noir et sous les rayons de la lune, nous découvrons un paysage macabre de tombes et de mausolées. Nous sommes visiblement dans un cimetière.

A l’issue de notre périple souterrain, notre état laisse à désirer. Carquois vides, sorts déchargés, points de vie en berne. Seules les mages semblent tout à fait bien portantes. Comme d’habitude. Le danger semble derrière nous, et nous soufflons un peu en reprenant une poignée de chips. Fatale erreur, car c’est le moment qu’attendait un obscur vampire tapi dans l’ombre pour nous tendre une embuscade ! Jet d’initiative collectif.

Attaquant de toutes parts grâce à sa rapidité surhumaine et ses dons de combat, le mort-vivant nous force à nous retrancher vers la crypte dont nous venons de sortir. Nous battons en retraite et nous plaçons aux portes du bâtiment pour le forcer à approcher. Adossé contre le vantail de bois, je guette tout mouvement à l’extérieur. Je tiens dans la main droite Drasil, mon épée bâtarde fétiche, et dans la gauche Dränor, plus petite mais également meurtrière. Grâce à notre guérisseur mon compteur de points de vie indique encore plus de 30. Suffisamment pour faire face dans un premier temps.

Pour le moment, rien. Les mages préparent leurs sorts offensifs, et Wellby l’halfelin vient se placer juste à côté de moi -près de la porte- toutes armes sorties. Nous ne parlons guère, tous nos sens sont tendus vers l’extérieur ou nous espérons percevoir quelque signe du mouvement de l’ennemi. Un silence pesant s’installe, seulement rompu par le bruit de l’un de nous se resservant un verre de Swcheppes avec appréhension. De longues secondes s’écoulent.

Brusquement, l’ennemi me prend pour cible à l’aide d’un pouvoir de domination mentale ! Moi dont la force d’esprit est bien inférieure à la force physique, je dois faire le jet de volonté qui déterminera si je réussirai à tenir tête au monstre. 8+4, soit 12 au total. Insuffisant.

D’une seule pensée, le vampire asservit ma volonté. Malgré mes réticences, je dois me plier à ses ordres. « Extermines-les« . Aussi basique qu’efficace, d’autant que c’est à mon tour de jouer. J’ai beau être dans le même camp que les autres joueurs, je suis dominé. Ma volonté n’entre plus en ligne de compte : je dois obéir. Et j’obéis.

Immédiatement, j’abats ma lame bâtarde +3 sur l’épaule de Wellby. 1d10+8. Le pauvre halfelin encaisse le choc de plein fouet et le tranchant de Drasil lui tranche chair et os entre l’épaule et le cou. D’un revers de main, je frappe à nouveau sur sa gauche avec mon épée courte +2 de foudre intense. Je vois le visage de mon compagnon se décomposer lorsque je lance le dé. Coup critique ! 1d6+8+2d6, le tout multiplié par deux. Soit un total de 39 points de dégâts assénés sans sommation sur mon pauvre ami pris de court. En un éclair la tête de l’halfelin est séparée de son corps qui s’effondre à mes pieds. A peine ais-je le temps de jeter un regard à G. de l’autre côté de la table, j’espère lui faire comprendre que je regrette mais que je n’avais pas le choix.

Déjà, la roue de l’initiative tourne. Et alors que le sang de notre ami trempe abondamment nos bottes de cuir, Linstell tourne vers moi un regard bestial. J’ai tué son compagnon de route de toujours ; et accessoirement le personnage de son copain. Le sang de la magicienne ne fait qu’un tour et en un quart de seconde le mien tapisse le battant de la porte sur lequel j’étais adossé. « Désolée. » Le sort préparé contre notre ennemi commun m’aura finalement été asséné de plein fouet, associé à un enchantement de Coup-au-but pour garantir de toucher son ennemi. Bien malin qui aurait pu penser il y a deux minutes encore que ça serait moi, l’ennemi. 51 points de dégâts dans la face, et en l’espace d’un battement de cil, je suis atomisé.

Mon corps sans vie tombe sur celui de Wellby, et alors que mon regard se voile j’aperçois les membres restants du groupe -médusés- tenter de se rassembler pour continuer le combat. La douleur s’estompe comme le bruit de la bataille alentour et la lumière de la torche tenue par Gertrude. Alors que son tour vient de jouer Günark se précipite vers nous et tombe à genoux pour tenter de nous soigner. Il hurle quelque chose d’une voix bien lointaine à présent. Je vois une lumière dorée, quelque part, au loin. Pas ce soir, Gün.

Je m’enfonce dans les froides ténèbres de la mort. Je n’ai plus peur ni mal. Et si je pouvais, je sourirais.

-Saint Epondyle-

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