Cosmo [†] Orbüs

Cosmo Orbüs à 6 ans !

Saison 5

« Moi sur le ciel de nos blessures je te peindrai un idéal,
Et si nous sommes cernés de murs, moi j’en ferai des cathédrales ! »
– Saez

Je traîne dans ma tête une douleur sourde et omniprésente. Les abîmes de l’épuisement énucléent mes rares éclats de courage, qui ne laissent derrière eux que des lambeaux épars que j’ose difficilement appeler « souvenirs ».

Il faut que la migraine soit une chose passionnante pour que je ne me lasse pas d’en explorer à ce point les plus obscurs recoins. Assis dans le noir, je récure à la codéine un fond de crâne acide comme la bile d’un ivrogne. Cinq heures du matin et j’ai la tête dans un étau. Impossible de lire, d’écrire, de s’approcher d’un écran ou d’allumer la lampe. Je suis le vampire retiré du regard des  hommes, intolérant à la moindre lumière et au moindre bruit. Je m’occupe comme je peux, en laissant errer mon esprit d’une idée noire à une autre. Il y a des nuits où l’on peine à positiver.

Au bout d’un moment, la piaule d’un malade exhale ce mélange caractéristique de sueur et de renfermé. La semi-pénombre est elle-même contaminée par le suintement de puanteur acre qu’entretient la chaleur du mois de juillet. J’erre dans mes vingt mètres carrés, en laissant derrière moi des traînées de boîtes en carton et d’emballages de médicaments vides.

J’ai vu le visage d’un mort-vivant, qui me dardait de son regard amer.
Voulant fermer ses yeux, mes doigts n’ont rencontré que la froide surface du miroir.

L’ibuprofène fait effet en vingt minutes. L’aspirine est plus rapide mais son effet dure moins longtemps. Il paraît que l’abus de pilules n’est pas recommandé. Juste un cachet mon préssss-ieux, un tout petit cachet et tout ira mieux… la culpabilité s’ajoute à l’édifice.

Culs-de-bouteille chevillés sur mon nez myope-aveugle, je creuse mes orbites sur le blanc immaculé de l’écran d’ordinateur. Rapidement la douleur revient à la charge, vieille compagnonne de misère dont je me passerai bien. Je devrais aller prendre l’air, déconnecter un peu. Tant de choses à faire et si peu de temps. Si peu d’heures arrachées à la camisole d’ennui et au marteau-piqueur qui me fore le crâne, alors que cent fois sur le métier il me faut remettre l’ouvrage. Comme un deuil dont on rouvrirai les plaies au couteau pour ne pas s’y habituer.

Six ans que ça dure.
Heureusement, je ne suis pas seul.
Regarde : ils sont tous là.

Merci à vous, infiniment.

La mort est là. Elle suinte de partout. Du grand âge qui engluera les plus chanceux, de l’horreur froide et subite qui tourne en boucle à la radio. Et de façon moins voyante d’un peu partout, un peu tout le temps. Chaque verre de rhum descendu en rigolant. Chaque cigarette fumée sans y penser. Chaque seconde que nous perdons, chaque jour lâché au néant. Tout le monde meurt, certains avant les autres. Je ferme aujourd’hui la saison VI de Cosmo Orbüs, qui fut très riche, et je quitte ce plan d’existence pour un temps. J’ai besoin de dormir, je crois.

J’ai de beaux projets dans les cartons.

Des trucs, dont je voudrais vous parler.
Des gens que je voudrais rencontrer.
Des jeux auxquels j’aimerais jouer.
Aux dernières nouvelles, je ne suis pas encore clamsé.
Alors rendez-vous en septembre, et croyez-moi ça va chier.

-Saint Epondyle-

Depuis six ans, Cosmo rend possibles des rencontres passionnantes. Un immense merci à vous, les cosmonautes invisibles qui m’accompagnez depuis tout ce temps ; et à ceux dont je connais le nom pour les avoir croisés ici ou là, un remerciement particulier. Je vous aime, croyez-le.

(par ordre alphabétique)
Aka Fioroni,
Alain Damasio,
Ann « Eterlutisse » Boinet,
B.,
Calimaq,
Camille Gillet,
Deryn Naythas,
Ephane de Koski,
Germain Huc,
Jemrys Rueff,
Jil Porcher,
Johan Scipion,
Laurent Curtat,
Le Greg Siebrand,
L’Ours,
Mais Où Va le Web ?,
Neil Jomunsi,
Nelyhann,
Nico Constant,
Olivier Saraja,
Pierre Rosenthal,
Sarah Beaulieu,
Stéphane « Alias » Gallay,
The Frax,
TheSFReader,
Vincent Favreau,
et Vincent Tibéon.

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Merci à mon père, ma mère,sans qui je ne serais pas là. 5 ans encore, ça avait quelque chose d’un peu classe. 6 ans, c’est pas top, pas encore l’âge de raison. Et puis avec ça, tu approches dangereusement de la dizaine (je ne te fais pas l’affront de te dire qu’au bout de tant de temps, il faudrait peut-être que tu ailles vivre dans plus de 20 mètres carré). Sinon je te souhaite un bonne déviation dans ton « plan d’existence » (tu pars en vacances quoi, pas la peine d’en faire un fromage, espèce de flemmard). Et puis je te tape une petite bise amicale avec un chapeau bien bas pour cette année pleine de rigoloteries, d’échanges, de projets avortés mais aussi de petites réussites communes. Essaie de ne pas te suicider cet été, j’ai prévu de continuer de te lire un peu. Juste un peu.

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