Cosmo [†] Orbüs

Revoilà l’ennemi

D’un côté, ça à le mérite d’être clair.

 [Au royaume des aveugles, tu sais bien ce qu’on dit, les borgnes sont les rois.
– Saez, Fils de France]

Il aura fallu moins de vingt-quatre heures après l’agression de Clément Méric pour qu’on entende parler de la responsabilité des jeux vidéo. Balancée sur le ton de l’évidence par Bernard Debré sur son blog, cette inepte connerie finit par devenir franchement lassante. Encore et toujours, les mêmes boucs-émissaires. Il faudrait penser à se renouveler. Surtout à l’heure ou le discours d’une certaine frange politicarde cherche à racoler de plus en plus en piochant allègrement dans le répertoire xénophobe, islamophobe et homophobe ; portant à mon sens bien plus de responsabilité dans ce genre d’affaire. Si nous devons accuser quelqu’un de la radicalisation des « groupes ultra », je doute qu’aucun jeu vidéo, jeu de rôle ou chanteur de métal puisse légitimement être présenté sur le banc des accusés.

Mais peu importe. Laissons les vieillards éructer leurs inepties sur un monde qui a cessé d’être le leur. Le vrai problème, la vraie raison de ma prise de parole d’aujourd’hui, n’est pas là.

Mercredi dernier, un groupe de néofachos a battu à mort Clément Méric. Je me fous de connaitre ce que pensent les agresseurs. Je me fous de savoir si ces gens appartiennent à un groupe organisé, ou un parti. La seule chose qui m’importe c’est qu’une bande de skinheads aux crânes rasés et tatoués de croix gammées a tué un étudiant pour des raisons politiques. De quoi donner une boule dans l’estomac, et dans la bouche un sacré goût de merde.

Honnêtement, je ne me fais aucune illusion. Ce genre de fait divers, si sidérant soit-il, concerne des groupes engagés les uns contre les autres. C’est pourquoi je pense que l’événement n’aura guère de répercussion à plus grande échelle. A l’heure des réseaux sociaux, qui peut sérieusement penser que la dissolution des groupes violents réglera quoi que ce soit ? Interdisez, et vous inciterez à la clandestinité. L’action violente demeurera. Et spécialement l’action conne, non préméditée, de ceux qui se sentent simplement légitimes d’engager une baston meurtrière en pleine rue, sur l’impulsion du moment.

C’est le coup classique : crise économique, chômage, climat de haine et hausse de la violence. Et si les politiques condamnent unanimement, l’infernale et constante stigmatisation de la différence, des homosexuels, des musulmans, des immigrés ne fait qu’attiser les discours plus extrêmes qui prospèrent dans l’ombre. Malheureusement, le problème est trop structurel pour que notre indignation, mon indignation, puisse rien y changer. Tout le monde est terrifié par ce fait divers sanglant, mais ça n’empêchera pas un nombre grandissant d’électeurs de voter massivement pour l’extrême droite à la prochaine occasion. Pas par idéologie, simplement par rejet, par incompréhension, et par peur de la différence. Sans faire le rapprochement avec le fait divers de cette semaine, évidemment.

Devant la triste réalité, toutes nos paroles semblent bien vaines. Mais même si l’atmosphère dystopique qui continue chaque jour à s’étendre sur notre monde semble inéluctable, il faut bien -toujours- continuer à y croire. Contre la haine et la violence faites idéologie, il ne peut y avoir de repos. Nous ne leur laisserons pas notre monde. Le fascisme c’est la gangrène.

¡ No pasarán !

-Saint Epondyle-

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2 commentairesVous en pensez quelque-chose ?

  • Avant toute chose, cher Saint Epondyle, Je tiens à préciser que je suis dans le même courant de pensée que toi. Donc ce qui va suivre procède d’un certain réalisme, et non d’un quelconque fascisme.

    Cependant… si les témoignages relayés par la Presse et autres médias* sont peu ou prou vrais, c’est la victime qui aurait cherché l’embrouille.
    Et l’histoire prouve qu’avoir la cause la plus noble du monde ne suffit pas toujours pour « gagner », surtout quand les forces en présence sont par trop inégales.

    Alors certes, les blockbusters, livres et autres oeuvres d’heroic fantasy, regorgent de « petits » gentils qui vont détruire des « grands » méchants. Malheureusement, la vie réelle est moins romanesque.

    Bref, faire un martyr d’un gars qui a pris la mauvaise décision me gène un peu, même quand je partage certaines de ses idées.

    • Je suis d’accord sur ça. Mais ce qui me gène encore plus, c’est la basique réalité des faits : un meurtre a été commis (prémédité ou pas) pour des questions idéologiques en pleine rue.
      Ceci étant, merci de partager ton opinion.

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