Les photos de cet article proviennent de la série de portraits de blogueurs réalisée par Gabriela Herman.
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[Blogeurs du monde unissez vous ! C'est le post final !]
L’Internet a été le bouleversement majeur de ces trente dernières années. On s’est habitué à voir arriver sur les étals assez régulièrement de nouveaux objets, de nouvelles trouvailles, il est devenu normal de voir des hordes de personnes rationnelles acheter un objet sous prétexte qu’un marketeur de génie aura déclaré quelque part en Californie (à Palo Alto précisément) « ceci est une révolution ». La coutume veut qu’on se soit blasé de ce genre de choses et à force on a oublié que la net-économie est véritablement la seule et unique révolution qui vaille. Avec l’Internet on peut acheter billets de train ou d’avion, livres, places de concert, sans se déplacer, sans même parler, on a accès à une information fiable et quasiment infinie (voir Wikipédia, cette merveille du monde moderne), on peut voir des personnes distantes de plusieurs milliers de kilomètres et converser avec eux, on peut échanger des idées et les publier. Et pour publier ces idées l’outil de base, l’imprimerie de notre époque est le blog.
C’est sur ce dernier point que je voudrais m’appesantir dans cet article. Depuis la nuit des temps les hommes ont un avis sur un tas de sujets, des plus graves aux plus légers. Au tout début de l’humanité on l’exprimait maladroitement (la faute à un langage déficient) mais celui-ci comptait, tant les structures sociétales humaines de l’époque étaient réduites en nombre. Avec l’évolution, l’agriculture, les sociétés humaines se sont agrandies et seul l’avis de quelques-uns comptait, celui des rois, prêtres et autres puissants aristocrates possédant la terre. On aurait pu croire que l’écriture remédierait à cela en permettant un échange plus large d’idées aussi bien géographiquement que dans le temps, mais il n’en fut rien tant l’écriture resta un privilège, associée à ses débuts à un pouvoir quasi magique. L’imprimerie aurait pu mettre fin à cette situation, en abaissant les coûts et le temps de production d’écrits elle a permis à de nombreuses personnes d’intégrer le cercle fermé de ceux dont l’avis compte. Les journalistes, écrivains, philosophes, chercheurs et enseignants de tout poil ont grossi les rangs de ceux à qui l’on permet d’exprimer le plus largement possible leur avis. Même agrandit ce cercle est encore assez restreint, seuls 2% voire 3% de la population (et encore je suis large) sont dans la capacité de réellement peser sur l’avis général, sur « l’opinion ». Cet état de fait a changé avec l’avènement de l’Internet, celui-ci permet à tous ceux qui ont un minimum de connaissance technique (et encore !), la volonté de partager leur avis ou tout simplement de l’exprimer, de pouvoir le faire ! Si je ne doute pas qu’il existe une pléthore de possibilités de partager son avis sur le net, c’est la forme du blog qui s’est finalement imposée.
Ce qui est étonnant et paradoxal quand on est face au blog c’est que celui-ci est regardé par la majorité de la frange éduquée et assez informée de la population comme quelque chose de vide, d’inintéressant, de nombriliste. Certains vont même jusqu’à prédire sa disparition prochaine. On ne peut pas nier le déclin continu du nombre de blogs à l’heure où nous parlons, tout comme on ne peut pas nier que certains blogs (beaucoup ?) sont inintéressants au possible pour le quidam moyen et en ce sens complètement nombrilistes (et il est évident que Cosmo Orbüs n’appartient pas à cette catégorie). La faute en revient à l’origine de la propagation du blog. Souvenez vous, cela remonte maintenant à une toute petite dizaine d’année, la profusion des skyblogs et autres plateformes du même acabit créées par les collégiennes (désolé mesdemoiselles) pour « exprimer leur mal de vivre, parce que tu comprends je peux plus vivre comme ça, j’ai trop besoin d’exprimer ce que j’ai sur le coeur ! » Ce sont ces blogs, dont l’intérêt se limitait à exprimer son ressenti (on aime particulièrement faire cela à l’adolescence), à la face du monde -son petit cercle de copines donc- avec des articles aux titres aussi évocateurs que « voila ce qui se passe quand on a un fou rire avec ma louloute » ou encore « mon chat il est trop miiignon » surplombants des photos de mauvaises qualité (c’était le début du numérique pour tous) qui ont installé cette image péjorative dans une partie du public. Outre le fait que la raison d’être de ces blogs, un appel à l’attention réalisé avec autant de finesse qu’en aurait un éléphant, soit totalement dénuée d’intérêt, la réalisation de ceux-ci était des plus vomitives. Langage sms, fautes d’orthographes à chaque mot, couleurs criardes, fonds peu diversifiés, basique ou tout simplement « cucul ». Ces raisons sont bien suffisantes pour expliquer le dédain dans lequel certains tiennent les blogs. Depuis, le blog a gagné en qualité ce qu’il a perdu en nombre.
Personne, pas même le plus grand détracteur des blogs ne peut nier le saut qualitatif réalisé par ceux-ci. La dure loi du marché et la lassitude des auteurs ont fait le tri sur le net. On trouve de plus en plus rarement les skyblogs inutiles de ces jeunes demoiselles (maintenant elles font la même chose sur Facebook) ou alors ils ne sont plus parmi les trois premières pages de résultats fournis par Google (ce qui équivaut à la mort sur l’Internet et encore je suis généreux) alors que notre époque voit l’émergence d’une forme de blog : professionnelle, intéressante, pertinente et -on peut le rêver- utile. Ces blogs sont maintenant la norme sur l’Internet, peu de personnes dorénavant prennent la peine de créer un blog pour en faire un journal intime disponible pour le reste du monde, les profils facebook y pourvoyant très efficacement, alors qu’au contraire ceux qui prennent ce temps (car il en faut) veulent produire quelque chose qui apporte sa contribution (même modeste) au sujet qu’il aborde. Bien évidement, les fortunes et les réussites sont diverses pour ces blogs, tous ne sont pas des réussites flagrantes mais le changement d’intention est déjà un phénomène en soi qui marque bien l’évolution de ce format.
Les blogs qui réussissent à attirer assez de monde et à devenir un centre de débat et d’échange peuvent se diviser en deux catégories. Le premier type de blog est celui qui prend la forme d’un support. Celui-ci obtient plus facilement le succès. En effet, ce dont il parle lui préexiste, au sens est déjà largement connu, aussi il n’a pas besoin de gravir les difficiles et cruels échelons de la reconnaissance sur le réseau. Ce sont typiquement les blogs animés par les personnalités politiques, les blogs des partis ou des grands organismes gouvernementaux ou non-gouvernementaux. Ici le blog n’est qu’un facteur de propagation de l’information, de l’idée que l’on veut défendre, ceux qui sont dans cette catégorie n’ont généralement pas besoin du blog pour partager leurs idées, ils l’utilisent seulement parce que c’est un nouveau moyen de communication capable de toucher un large public et pouvant atteindre des personnes qui n’étaient que peu touchées par des médias plus traditionnels. La seconde catégorie de blogs, à laquelle appartient Cosmo Orbüs, est formée par la horde des « petites gens » qui ont un avis, une idée à partager, à faire découvrir, un phénomène culturel à soutenir ou une cause à défendre et qui n’ont pas accès aux grands médias traditionnels qui écrèment les personnes pouvant les utiliser dans une optique de rentabilité.
Cet écrémage, s’il est souhaitable pour éviter qu’on nous impose un mardi soir après une dure journée de labeur l’intégralité de La Tétralogie du Rhin de Wagner (13h d’Opéra) dont la plupart des personnes n’ont jamais entendu parler ni ne veulent entendre parler (attention, j’adore Wagner mais il y a un temps pour tout) il empêche par contrecoups, par un conservatisme prudent et frileux (la volonté d’assurer un minimum d’audience), l’émergence et la propagation à un public large de nouveaux courants et de nouvelles idées. Le monde ayant évolué, force est de constater que malgré ce filtre qu’imposent les médias dominants de nouvelles idées et de nouveaux courants se sont répandus, mais c’est seulement parce que des personnes ayant accès à ces médias s’en sont emparés. Avec le blog, plus besoin d’attendre que les leaders d’opinion s’emparent de ces nouveaux courants, tout à chacun peut s’exprimer et si son idée, son avis est suivi ou sa cause intéressante alors le dieu Google, le placera parmi les premiers résultats de ses recherches et lui permettra de toucher un public encore plus grand. C’est bien ce phénomène de démocratisation qui est important dans le blog, tout le monde à la parole et tout le monde a le choix d’écouter ou non ce qui est dit.
On pourrait penser que le blog est juste un formidable outil d’échange, mais il est également un merveilleux levier d’influence. Sa force n’est pas à prouver, si la première catégorie de blogs que j’ai définie plus haut existe c’est bien parce que le blog est utile. J’en veux pour preuve les dernières campagnes électorales, les blogs y ont pris une importance insoupçonnée et loin d’être nulle. Pour la seconde catégorie de blogs, si le nombres des références ayant une grande influence est réduit, cette influence est considérable, il existe des blogs qui sont suivis par des millions de personnes sur des sujets brûlants ou anodins et cela partout dans le monde, même dans des sociétés contrôlées comme la Chine, le blog a une influence. Par exemple certains dissidents sont suivis via les blogs. Pour se convaincre de la force de frappe de certains blogs il faut juste voir à quel point les blogs liés au journal Le Monde sont lus et leurs avis, faute d’être acceptés et intégrés par tous, sont au moins connus largement.
Nous entrons actuellement dans la dernière phase de l’évolution des blogs. Si les écrivains, les politiques et autres sont devenus blogueurs par opportunisme, nous commençons à voir apparaître des blogueurs qui ont une place grandissante dans le monde réel. On voit par exemple des blogueurs très suivis sur l’Internet commencer à être invités sur les plateaux de télévision, certains d’entre eux écrivent maintenant des livres. Je suis persuadé que dans un certain temps des blogueurs se lanceront en politique. On pourra me répondre que le monde du blog est un monde fermé ou assez peu ouvert et que ceux qui lisent les blogs sont avant tout d’autres blogueurs. C’est en partie vrai. Mais ce serait oublier le taux de personnes qui surfent sur Internet sans rien faire d’autre que d’y lire ces fameux blogs, oh pas beaucoup : un ou deux comme en passant, entre l’achat d’un livre sur Amazon et d’un billet de train SNCF ou la réservation des vacances familiales. Ce serait également oublier le développement de la génération Y, celle qui a grandi avec l’Internet et qui est justement celle qui blogue et qui lit ces blogs. Pour le moment la population lisant régulièrement des blogs n’est pas encore majoritaire, je vous parie qu’elle le sera dans 10 ans, 20 ans maximum, pour de simples raisons de mécaniques démographiques et d’évolutions des mœurs.
Si l’Internet a donné la parole à tous, le blog est le porte-voix de tous ceux qui ont quelque chose à dire. A leurs débuts les blogs était tout à fait contestables, il sont maintenant un phénomène incontournable et en plein développement. Le blog est en train de devenir un média aussi important, sinon plus que ne l’est la télévision, la radio ou la presse. La différence fondamentale avec ces médias c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être soit déjà reconnu, d’avoir de bons contacts ou des capitaux en nombre pour pouvoir s’exprimer « Urbi et Orbi », à la ville et au monde. Peut être qu’un jour maudit, le blog deviendra si technique, nécessitera tant de capitaux ou de compétence qu’il redeviendra impossible au premier venu de s’adresser efficacement comme bon lui semble au reste de l’humanité. En attendant, nous vivons une époque bénie d’expression libre dont les blogueurs profitent à plein. Saint Epondyle et moi même, l’Apôtre Nicaise, nous grossissons les rangs des blogueurs et si ceux-ci ne peuvent plus être ignorés, c’est parce qu’ils sont légions.
-Apôtre Nicaise-















Très bon article.
J’ajoute simplement un petit point de vue personnel : les créations de blogs sont toujours très nombreuses. Au printemps 2012, pas moins d’une dizaine de mes amis et web-connaissances annonçaient se lancer dans l’aventure. Mais si celle-ci est passionnante, elle est également difficile à tenir sur la durée et très ingrate dans les débuts (en gros la première année). Et bien entendu, peu de gens gardent la foi et continuent.
Le blog au départ, c’est l’idée de donner à tous les internautes un moyen de créer sa page sans aucune connaissance technique et sans rien payer. Aujourd’hui, ils parlent de tout et de rien, plus ou moins bien ou mal, et avec une démarche plus ou moins qualitative. Les grands domaines du blogging sont très représentés : high-tech, cuisine, photo, mode… mais les passionnés d’élevage de crevettes naines de patagonie peuvent surement trouver leur bonheur également. Et le cas échéant, créer le leur pour partager leur expertise sur le sujet.
Loin de la purée imposée par les gros médias traditionnels, la blogo est un nouveau Grand Ouest à conquérir, avec ses aventuriers, ses anciens, ses nouveaux, ses truands, ses conflits. Mais contrairement à la télévision en particulier, notre notoriété et notre légitimité sont toujours une conquête qui relève de notre mérite. D’une certaine manière, la blogo c’est la méritocratie de l’influence.