L’Affaire Charles Dexter Ward | HP Lovecraft

Mis en orbite le 23 septembre 2011 par Saint Epondyle dans Littérature & Auteurs
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[Un Philosophe peut, sans Nécromancie criminelle,
susciter la Forme d’un de ses Ancêtres défunts à partir de la Poussière en quoi son Corps à été incinéré.
– Borellus]

Parmi les nouvelles fantastiques d’Howard Phillips Lovecraft se trouvent plusieurs styles récurrents. Si bien sûr l’immense majorité de ses écrits concernent et développent le Mythe de Cthulhu -qui l’a rendu célèbre après sa mort- on peut classer les histoires grâce à leur sous-genre. Ainsi, L’Affaire Charles Dexter Ward est un des plus emblématiques récits du Maître de Providence, écrit en 1928, et dont le thème est la possession.

Le roman est assez rare dans production habituelle de l’écrivain (qui a plus écrit de nouvelles). Dans celui-ci, il nous propose deux histoires entremêlées, se déroulant à des époques différentes. La première est celle de Joseph Curwen, qui vécut au nord de la côte est des Etats-Unis dans les années 1760, et la seconde celle de son descendant le fameux Charles Ward, qui vécut du temps de Lovecraft dans les années 1920. Quoiqu’éloignées dans le temps, ces deux destinées maudites se recoupent du fait de leur proximité géographique, et surtout de leurs liens familiaux.

L’Affaire Charles Dexter Ward est une histoire absolument typique des écrits de Lovecraft, qui reprend beaucoup des thèmes importants de son oeuvre. Ici pourtant, pas d’aventures à l’autre bout du monde, pas de temple enfoui aux dimensions cyclopéennes, et presque pas de dieux monstrueux issus d’outre-espace pour annihiler toute trace de vie et de raison dans notre dimension. Néanmoins, l’horreur lovecraftienne est bien présente de manière moins gigantesque et plus larvée. L’histoire concerne assez peu de personnages, et nous place comme souvent dans une position extérieure à l’horreur. On suit donc les investigations de deux individus, qui enquêtent sur l’étrange comportement du jeune Charles Ward. Petit à petit, on comprendra en même temps que les protagonistes les découvertes du jeune homme, en particulier concernant son ancêtre Joseph Curwen. On apprendra entre autres que celui-ci, après avoir quitté Salem pour Providence, y a amené ses ignobles travaux et ses indicibles connaissances.

Si L’Affaire Charles Dexter Ward est un ouvrage à lire, ce n’est ni pour son suspense ni pour la profondeur de ses personnages. En effet l’horreur est assez vite compréhensible, et malgré les révélations de la fin on est assez vite au fait des évènements. D’autre part, les personnages sont -comme toujours chez Lovecraft- parfaitement lisses et ne servent qu’a mettre en scène une montée en puissance de l’horreur. Pourtant, on aura pas vraiment droit à la scène d’apothéose abominable lors de laquelle tout le monde meurt ou perd la raison, mais plutôt à une conclusion de l’histoire quasiment policière. Si le roman mérite d’être lu, c’est avant tout parce qu’il apporte une vision nouvelle de la sorcellerie et de la possession. En reprenant un concept de malédiction familiale et en l’associant au Mythe de Cthulhu, l’auteur réussit à nous accrocher complètement du début à la fin de son ouvrage.

En conclusion, cette oeuvre du Maître de Providence mérite largement sa place parmi ses grands textes, aux côtés de l’Appel de Cthulhu, des Montages Hallucinées et du Cauchemar d’Innsmouth pour ne citer que ceux-là. Comme toujours, Lovecraft y apporte au compte-goutte de nouveaux éléments pour créer son univers terrifiant, ici sous la forme d’une histoire de sorcellerie et de malédiction. L’Affaire Charles Dexter Ward n’est pas l’histoire majeure du Mythe, mais c’est un incontournable pour qui veut découvrir l’oeuvre de son auteur.

-Saint Epondyle-

  1. Guillaume44 dit :

    De très bons souvenirs en effet !

  2. Zarcania dit :

    Alors que je lisais ce bouquin un soir dans le métro… panne de courant et les lumières se sont mises à clignoter… Effet garantit sur le palpitant !!!

    • J'imagine l'angoisse ! Ceci dit, le bouquin relève plus de la nouvelle d'ambiance que d'horreur franche je trouve.
      Enfin ça ne fait jamais plaisir de se retrouver dans le noir dans le métro. :D

      Merci à vous deux de vos réactions.