[Film] La Chute

Mis en orbite le 12 avril 2011 par Apôtre Nicaise dans ~ Films, Animation & Séries
Tags: , , ,

L’affiche.

[Il aurait fallu liquider tous les officiers supérieurs il y a longtemps ! C'est ce qu'a fait Staline ! - Adolf Hitler, La Chute]

La Chute pourrait être un des nombreux films américains reprenant un des moments les plus dramatiques, terribles mais également terriblement « télégénique » de notre histoire : la Seconde Guerre Mondiale. Cela n’est en rien le cas. D’abord par la nationalité du film, Der Untergang dans le texte, est un film allemand et d’après son réalisateur : c’est un film allemand, fait avec des moyens allemands, des techniciens allemands pour un public allemand. Cela change, je pense, beaucoup le point du vue du film lui-même et la vision que l’on en avoir. Enfin, loin des grands batailles de la Seconde Guerre (Stalingrad, Le Débarquement, l’Opération Torch, El Alamein, la bataille d’Angleterre, la Débâcle…) le film se concentre sur les 12 derniers jours de la vie du Führer, ce qui ne manque pas d’apporter une touche d’originalité certaine, en plus d’être le propos du film.

Malgré les critiques que l’on peut faire à ce film, et que je reprendrai plus loin, il est à mon sens un des grands films qu’il conviendrait de montrer aux classes de lycée et de collège. En effet, de nos jours Hitler est la figure du mal absolu et l’incarnation humaine du Diable. Il en est aujourd’hui d’Adolf Hitler comme des Droits de l’Homme, on ne peut pas discuter dessus : ce sont des absolus. Loin de cette vision réductrice du carporal autrichien, La Chute nous montre un homme, certes celui qui a conduit à la plus grande boucherie de tous les temps (Mais qui n’a pas fait le plus grand nombre de victimes, ce triste record étant détenu par Staline qui, rappelons le, est le plus grand génocidaire de l’Histoire.) mais qui reste malgré tout un homme. Cela est à mon sens très important, on ne peut pas facilement exclure de la sorte Hitler de la sphère de l’humanité, il est trop facile en le traitant ainsi de nous mettre, nous et les générations futures, à l’abri de recommencer ses horreurs. Il faut au contraire rappeler son humanité pour que toujours nous soyons en état de veille ; pour que ceci ne se reproduise plus.

Le film nous montre donc un Hitler diminué, irréaliste, lunatique et vindicatif. L’acteur qui l’interprète, Bruno Ganz, signe une performance avec les tiques nerveux des derniers jours de l’homme, et la gestuelle caractéristique du réformateur du NSDAP. On le voit ainsi déplacer des unités sur une carte lors de la défense de Berlin face aux Russes, alors que les unités en question n’existent plus du tout, menacer ses généraux du peloton d’exécution, ou divaguer sur le sort du peuple allemand (« Je ne verserai pas une seule larme sur le sort du peuple allemand s’il venait a disparaître. »)

L’ambiance du film est très bien rendue, nous sommes clairement dans une ambiance de chute et de fin de règne ponctuée par le tambourinement des canons russes se rapprochant toujours plus du bunker. On voit le régime nazi se déliter au fur et à mesure de l’approche de la défaite, avec des réactions tout à fait différentes : des généraux de la Wehrmacht qui revoient se profiler un 11 Novembre, des soutiens sans faille du parti nazi fidèles ou lucides, et ceux qui quittent le navire pour des raisons de morale ou de survie. (« Goering ! Drogué héroïnomane corrompu jusqu’à la moelle ! Speer ! Grand artiste rêveur qui n’a pas les pieds sur terre ! D’accord, d’accord, d’accord ! Mais pourquoi diable a-t-il fallu que ce soit Himmler ?! »)

Le moment le plus émouvant du film est sans aucun doute la mise à mort de la famille de Goebbels qui avait fait venir sa femme et ses enfants dans le bunker pour les « suicider » et éviter ainsi qu’ils ne finissent leurs jours dans la honte et l’infamie. Le film sans tomber, heureusement, dans la plainte du régime nazi, est plein de ces petits moments d’émotion où l’on oubli quelques minutes les monstres que les protagonistes ont été. D’autant que le film suit les points de vue de certains protagonistes, et notamment de la dernière secrétaire du Führer.

A l’inverse et c’est là que l’on peut faire une critique sur le film, il nous fait presque apparaître certains personnages sympathiques, alors qu’ils ont participé à la Solution Finale. Si Goebbels et le Führer sont particulièrement atteints et convaincus de la droiture de leur parcours, ce qui les rend haïssables, ce n’est pas le cas de Himmler (certes on le voit très brièvement), de Fegelein presque présenté comme une victime du nazisme alors qu’il en était un des profiteurs, ou encore d’autres personnages comme Bormann, alors qu’ils ont eux mêmes commis des crimes atroces. De la même manière, le peuple allemand apparaît comme  absout des crimes d’Hitler, quand lui même s’accorde tout le crédit de la disparition des juifs d’Allemagne. Il ne faut pas oublier que le NSDAP a été porté au pouvoir légalement.

Malgré ces dernières réserves, je conseille fortement la vision de ce film très intéressant, tout en oubliant pas qu’il est avant tout allemand, avec le recul nécessaire que l’on doit donc prendre, avec la nécessité de ne pas intégrer tout au pied de la lettre, mais également d’avoir de solides connaissances par ailleurs. En effet, s’il apporte un nouvel éclairage, La Chute passe dans l’ombre un certain nombre de choses dont il faut être conscient.

-Apotre Nicaise-

  1. Alias dit :

    C'est un de ces films qui, quand on en sort, nous font nous étonner qu'il fasse beau et que l'horizon ne soit pas un champ de ruines. C'est une immersion, rien d'étonnant du coup qu'on se prenne de sympathie pour certains personnages.

    Tant mieux, d'ailleurs.

  2. Je ne dis pas que cela n'est pas normal, mais j'aurais préféré que l'on se prenne d'affection pour la secrétaire de Hitler ou le menu personnel plutôt que les ténors du régime ou ses profiteurs comme Fegelein. Toutefois, il est vrai que si on avait donné dans la diabolisation sans autre forme de décalage de tous les grands officiers le film aurait perdu de sa force et de sa pertinence il est vrai.

  3. Dans un genre différent, le film "Amen" (dont l'affiche avait provoqué la polémique) a quelques similarités.

    Dans ce film, on suit entre autres un officier SS chargé de la logistique du génocide tiraillé entre la fidélité à son régime, ses fonctions dans l'administration, sa foi catholique et la morale la plus élémentaire. C'est un des rares films où un SS parait sympathique et ou on arrive à prendre son parti.

    C'est justement ce genre de situations avec des personnages complexes qui rend ces films intéressants. Un film sur le suicide d'Hitler où il serait présenté comme un monstre abominable relèverait de la propagande et perdrait tout son intérêt.