Cosmo [†] Orbüs

Agatha Christie

[Il suffit de laisser travailler mes petites cellules grises. - Hercule Poirot]

Agatha Christie est la rénovatrice de génie du genre policier. Il semblerait qu’elle soit, après Shakespeare, l’auteure Anglo-Saxon la plus lue de toute l’histoire. Et même si ce genre de classement est toujours difficile a établir, rien que le fait qu’on la compare au célèbre barde, créateur des amoureux les plus connus de la littérature, indique la stature de cette romancière britannique.

Auteure prolifique, elle a écrit plus de 80 romans, poèmes et pièces de théâtre et cela en 86 années de vie. Sa principale production, ses romans, sont traduits dans toutes les langues et ont aujourd’hui le charme et la patine de l’époque qu’elle décrit dans ceux-ci, la sienne. Elle vécut en effet de 1890 à 1976, ce qui fait qu’elle a connu la meilleure époque à mon sens, de l’histoire européenne : la Belle Epoque (vocable français mais valable a peu prés partout en Europe), le déclin dû à la première guerre mondiale, les Années Folles de l’entre-deux guerres et le déclassement et la ruine du Vieux Continent après la seconde guerre mondiale. Cette diversité des périodes décrites en plus de leurs esthétiques respectives, qui restent pour moi ce que l’on a fait de mieux en Occident, donne à ses romans un attrait que les romans actuels ne peuvent espérer imiter. Certains lui comparent l’écrivain contemporain Mary Higgins Clark, mais je dois avouer que je n’ai pas lu assez de ses livres pour me prononcer. Je reste tout de même sceptique tant mon admiration pour l’originalité et l’habilité de l’oeuvre de la « Reine du Crime » est grande.

La romancière, si elle s’est cantonnée au roman policier, ne s’est pas du tout reposée sur ses lauriers et s’est renouvelée, et à renouvelé en partie le genre. A coté des deux grandes « têtes d’affiches » que représentent Miss Marple et Hercule Poirot, elle a créée dans ses nouvelles et romans quelques autres héros qui méritent d’être cités tant ils sont hauts en couleur et originaux.

Tommy et Tupence, forment un duo de jeunes britanniques fraîchement arrivé à l’age adulte et qui ont de fortes espérances dans la vie. Nécessairement, ils sont confrontés à quelques situations pour le moins peu habituelles qui les pousseront à se transformer le temps d’une enquête en détectives amateurs. Leur première apparition dans Mr Brown est peut être leur meilleur roman grâce notamment à leur particularité et au « méchant » de cette histoire . S’ils ne sont pas significatifs de l’originalité des personnages de Christie (il est courant de rencontrer dans la littérature des « jeunes gens » confrontés à des situations étranges et qui tentent de les résoudre) ils détonnent dans l’univers de la romancière par leur fraîcheur, leur jeunesse et leurs espérances. En effet, les autres grands personnages de la Reine du Crime sont pour la plupart d’age mûre et n’attendent plus rien de la vie.

Typiquement, Hercule Poirot rentre dans cette catégorie. Il est un homme d’âge avancé au passé sentimentale flou mais visiblement définitivement révolu, attaché à son confort et à l’ordre, à la limite de la névrose. Il est le personnage le plus connu et le plus récurrent de l’écrivain. Tout le monde a au moins une fois dans sa vie lu une description de ce personnage au crâne ovoïde et aux moustaches « superlatives ». Hercule Poirot est différent des autres détectives, notamment de son époque en attachant une grande importance à la psychologie et au moindre détail. Il privilégie la réflexion à l’action et résout de manière toujours inattendue les affaires qu’on lui soumet. La scène finale de ses affaires est toujours sur le même modèle, il réunit tous les protagonistes de l’affaire, expose tour à tour les hypothèses pour finalement confondre l’assassin. Son univers est de loin le plus vaste de la romancière avec certains personnages récurrents comme le Capitaine Hasting, l’Inspecteur Japp, Miss Lemon ou la romancière Ariadne Oliver (alter ego d’Agatha Christie). Selon moi, les meilleurs affaires de Poirot sont Le Crime de l’Orient Expresse, Mort sur le Nil, Cartes sur Table et Poirot quitte la scène. Fait étonnant, dans ce dernier roman Poirot meurt, l’auteur ne voulant pas qu’il ait une vie après elle, il a même eu le droit à une rubrique nécrologique dans le New York Times, chose unique, à ma connaissance, pour un personnage de fiction.

Miss Marple est le pendant féminin et rural de Poirot. Vieille demoiselle, elle est un détective amateur au sens aiguë de l’observation. Comme Poirot, elle bouge peu de son fauteuil pour résoudre les énigmes auxquelles elle est confrontée, d’autant qu’elle a encore moins de moyen que Poirot qui peut compter sur la coopération de Scotland Yard. Miss Marple nous emmène dans l’univers feutré, éminemment délétère, et secret des villages de la Merry England. Si ce sont des drames tout aussi domestiques qui se jouent dans ces régions, le coté rural et loin des mondanités donnent un caractère particulier à ses enquêtes. Et cela sans compter avec la charmante et affable Miss Marple que l’on aimerait tous avoir pour grande tante, voir pour grand-mère.

Les derniers personnages récurrent que je vais présenter sont bien moins connus du grand public parce que protagonistes des nouvelles d’Agatha Christie. Ceux sont Mr Parker Pyne, Harley Quinn et Mr Satterthwait. Mr Parker Pyne est un « vendeur de bonheur », il s’arrange pour que ses clients parviennent à réaliser leurs rêves à leur insu en montant un scénario dont ils ignorent tout et qui à la fin leur procure, si ce n’est ce qu’ils avaient exprimé devant Mr Parker Pyne, ce qu’ils désiraient réellement: l’Aventure, l’Amour ou un but à leur vie. Ses clients ne savent jamais que c’est sa main qui finalement a mis toutes les pièces en place. Le coup de génie de ce personnage et des deux autres est d’être au second plan tout en restant central par leurs rôles. Harley Quinn et Mr Satterthwait sont un duo pour le moins étrange et à mes yeux des plus intéressants. Le second est un vieux gentleman célibataire endurci de l’aristocratie britannique qui va de mondanités en vacances sur la Riviera. Il est confronté à des drames humains et les dénoue grâce à la présence, pourtant imprévue et en apparence bénigne, de Mr Quinn. Celui-ci est mystérieux, quasi mystique et est une représentation évidente d’Arlequin (le personnage classique de la Commedia Dell’Arte). Ce duo est véritablement poignant non tant par les drames qui servent de prétexte à son intervention, mais par la vision du monde du vieil aristocrate et par les subtiles changements qu’il effectue grâce à Mr Quinn.

La réelle force d’Agatha Christie ne réside donc pas dans son style mais plutôt dans ses personnages et ses intrigues. Les personnages sont vraisemblables et les intrigues originales, osées et je dirais mêmes parfois acrobatiques. La plupart du temps celles-ci sont en huit clos, un exercice éminemment difficile pour un romancier qui n’a pas le droit à l’erreur, mais ô combien plus agréable pour le lecteur qui a lui aussi toutes les cartes en main.

Après cette brève présentation des grands personnages de la Reine du Crime, je vous présenterai plus en détail certains de ses livres qui sont à  mes yeux ce qui se fait de mieux au sein de la littérature policière. J’espère sincèrement que ce bref exposé ainsi que la présentation de certaines de ses oeuvres vous donneront envie de découvrir, ou de redécouvrir, cette grande dame du patrimoine littéraire mondial.

-Apôtre Nicaise-

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