Cosmo [†] Orbüs

[Film] Scott Pilgrim vs. the World

[It was… epic.]

Scott Pilgrim vs. the World est une série de six comics, adaptée au cinéma par le génial réalisateur Edgar Wright. Dans ce film plus geek qu’un joueur de Pokémon de 28 ans en cosplay, le réalisateur des géniallissimes Shaun of the Dead et Hot Fuzz (ainsi que de la série Spaced que je ne connais pas) nous fait entrer dans la vie du jeune Scott, et découvrir les problèmes peu communs (encore que) auxquels il est confronté.

Entre son ex-copine devenue superstar, sa copine lycéenne du moment (« Sortir avec une lycéenne est une preuve flagrante de dépression. »), et la belle Ramona à la coiffure inconstante, Scott doit composer au mieux. Néanmoins, le post-ado est confronté à bien pire que la vie d’un jeune geek incapable socialement de base, puisqu’il va devoir affronter (au sens propre) la ligue des ex maléfiques de sa dulcinée. Pour pouvoir continuer à sortir avec Ramona, Scott va devoir se confronter à chacun des ex, un par un. Si la victoire lui permettra de vivre l’amour de sa vie, une défaite signifierait rejoindre la ligue et devenir à son tour un ex maléfique.

Vous l’aurez compris, Scott Pilgrim vs. the World n’est pas un film réaliste, et ne ravira pas tous les publics loin de là. Le film est un oeuvre post-moderne sans équivalent, un ovni absolu dans le paysage cinématographique, et accessoirement un objet visuel délirant et définitivement « barré ».

Edgar Wright nous a habitué à l’excellence lorsqu’il filme les geeks et les losers en tous genre. Son coup de maître est bien entendu Shaun of the Dead, dans lequel il met en scène deux losers de première catégorie (les excellents Simon Pegg et Nick Frost) confrontés à une invasion de zombies. Mais alors que dans ce film la parodie d’un genre est très claire, ainsi que dans Hot Fuzz, sa deuxième réalisation de génie qui met en scène les deux mêmes acteurs dans une parodie de film de flics de choc, Scott Pilgrim est un film totalement dénué de genre. Pour autant, le réalisateur pioche allègrement dans de très nombreuses références de la culture geek, en particulier des références de jeux vidéos et de manga. Visiblement amoureux des geeks et geek lui-même, l’ami Edgar sait les filmer comme personne d’autre. C’est donc assez naturellement qu’il arrive à créer dans ce film un vrai tableau générationnel, qui passera totalement à côté (au dessus ?) des autres publics.

C’est autant une esthétique générale que des références directes, qui teinte le film d’un immense capital geek. La moindre musique, le moindre bruitage, est issu d’un jeu d’anthologie (Zelda, Prince of Persia, Mortal Kombat…), et les références visuelles sont innombrables. Bien entendu, la plupart d’entre elles sont directement reprises du comic-book original.

Du comic-book d’ailleurs, le film reprend les onomatopées et les codes visuels (voir photo), qu’il retranscrit tels quels à l’écran. On pensera alors évidemment (surtout dans les combats) aux jeux de baston à la Street Fighter, aux jeux musicaux comme Guitar Hero pendant les scènes de combat de rock, et à des titres inclassables de Hack & Slash comme No More Heroes. (Que ceux qui n’ont pas reconnu Travis Touchdown dans le combat au sabre-laser se dénoncent !)

Toujours est-il que même entre geeks de bonne compagnie, il est difficile de suivre l’enchaînement des clins d’oeil et des gags, qui pleuvent réellement du début à la fin du film. Les raccourcis visuels sont les mêmes que ceux utilisés en manga, mais leur apparition dans un film est surprenant et très bien utilisé.

Les personnages, principaux comme secondaires, sont tous excellents, et interprétés avec brio par des acteurs jeunes et peu connus. Le rôle titre est tenu par Michael Cera, et celui de Ramona par Mary Elizabeth Winstead. Les personnages secondaires, que ce soit les ex maléfiques, les copains de Scott ou encore son colocataire, sont particulièrement réussis et crédibles dans leurs rôles.

Comme dans les autres réalisations d’Edgar Wright, le talent des acteurs (même inconnus) est mis en relief par la réalisation. Associé leur prestation, une pluie de références portées à l’écran par des effets spéciaux aussi kitchs qu’explosifs achève de hisser Scott Pilgrim vs. the World au rang de référence geek. Pour toute notre génération de post-ados élevée par les jeux vidéo, le film pourra sonner comme le meilleur et le plus drôle des catalogues de références geek. Tout autre public y verra au mieux une comédie survitaminée sans queue ni tête (pas impérissable), au pire un naveton aussi laid que mauvais. Plus encore qu’un film générationnel, car il ne réunit pas toute notre génération, Scott Pilgrim est un film purement communautaire.

De là à ouvrir en grand les portes du panthéon cinématographique à ce film incroyable, il y a un pas. Bien entendu, ce nouveau long métrage du meilleur réalisateur comique anglais rejoindra sans peine ses glorieux grands frères Shaun of the Dead et Hot Fuzz. Mais comme ces derniers, le film n’atteindra probablement jamais le public qui n’y est pas sensibilisé à la base. Quoi qu’il en soit, et quoi que puissent penser les critiques snobinards des rédactions des grands journaux culturels, Scott Pilgrim vs. the World est un objet unique, qui m’a fait énormément rire, et qui me fait dire qu’il est bon, si bon d’être un geek.

- Saint Epondye -

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