Cosmo [†] Orbüs

Le Portrait de Dorian Gray | Oscar Wilde

[Tout portrait qu’on peint avec âme est un portrait non du modèle, mais de l’artiste.
- Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray]

Monsieur Oscar Wilde fait partie de ces auteurs dont on entend constamment parler dans le domaine du fantastique, tout comme Edgar Allan Poe et dans une certaine mesure Guy de Maupassant. C’est pour découvrir cet auteur classique, et me faire une idée propre à son sujet, que je décidai dernièrement de lire Le Portrait de Dorian Gray. A l’instar des autres chef-d’oeuvre de la litterature fantastique (ou gothique) que sont Dracula de Bram Stoker et Frankenstein de Mary Shelley, Le Portrait s’attache à développer un mythe : celui de Faust, c’est à dire de la damnation.

Unique roman de son auteur, écrit à l’époque victorienne, Le Portrait appartient au genre du roman fantastique. Les thématiques abordées relèvent des mouvements gothiques et romantiques, auxquels l’auteur associe une réflexion sur l’hédonisme. Tout au long du texte, Oscar Wilde s’attaque à de nombreux concepts philosophiques et expose, par la voix du personnage de Lord Henry, sa propre vision du monde. Le Portrait de Dorian Gray c’est l’histoire d’un jeune dandy, devenu extrêmement jaloux de son propre portrait réalisé par son ami, le peintre Basil Hallward. Influencé par les théories hédonistes et libertines de leur ami commun Lord Henry, le jeune homme décide de vendre son âme en échange de la jeunesse éternelle :

Si je demeurais toujours jeune et que le portrait vieillisse à ma place ! Je donnerais tout, tout pour qu’il en soit ainsi. Il n’est rien au monde que je ne donnerais. Je donnerais mon âme !

Dès lors, Dorian Gray ne vieillira plus et verra son portrait subir les outrages du temps. Pire encore, les vicissitudes de l’éternel adolescent se répercuteront sur le visage peint, qui deviendra peu à peu le portrait non plus du jeune homme, mais de son âme !

Devant cette histoire, on pense évidemment à l’oeuvre d’Honoré de Balzac, et bien entendu à La Peau de Chagrin. Dans ce récit, le personnage principal voit tous ses souhaits exaucés, en échange de la déchéance de sa santé physique et mentale. Peu à peu, la malédiction se referme sur lui et l’entraîne jusqu’au trépas. Enfin, ces deux histoires sont directement inspirées du mythe de Faust, sur lequel je reviendrai dans un futur article. En résumé, on peut dire que Faust est un conte populaire germanique qui met en scène un homme de science vendant son âme au Diable contre la découverte des plaisirs terrestres, desquels il s’était totalement coupé jusqu’alors. Bien sûr, il est trop tard lorsqu’il se repend et cherche la rédemption.

De la même manière, Dorian Gray se laisse séduire par la vision du monde de son ami Lord Henry, et sombre peu à peu dans une vie facile et immorale. Éternellement jeune et beau, le dandy se détachera peu à peu de la réalité.

(image : Morgan Yon)

L’écriture de Wilde est précise, et particulièrement argumentative puisque les personnages dissertent beaucoup, à propos de la vie, des moeurs et de la société en général. La narration est très immersive et permet au lecteur inconstant que je suis de se plonger immédiatement dans l’histoire. C’est donc avec passion et une grande impatience qu’on suivra les rebondissements successifs, et la lente descente aux enfers du personnage principal. Si les longs passages de dissertation entre les personnages pourraient rebuter les lecteurs les moins portés sur la philosophie, il serait vraiment dommage d’abandonner la lecture du Portrait, qui devient réellement passionnante, pour peu qu’on lui laisse le temps de démarrer.

Si le cadre de l’Angleterre victorienne est si apprécié pour les récits fantastique, c’est en partie grâce à la contribution d’Oscar Wilde dans Le Portrait. Bien entendu, les contributions de Bram Stoker et de Jack l’Eventreur n’y sont pas étrangères non plus. Pour ne citer que lui en exemple, le manga est particulièrement friand des univers liés à cette époque. Le style steampunk est d’ailleurs directement inspiré de l’époque victorienne, que ce soit en manga ou ailleurs.

Comme la plupart des chef-d’oeuvre, Le Portrait de Dorian Gray a subi les tourments de nombreuses adaptations cinématographiques. La dernière en date, parue sous le seul nom du personnage principal, est réputée être un navet de compétition, totalement à côté de l’ouvrage dont elle s’inspire. Ne l’ayant pas vu, je me contenterai de rapporter les bruits qui courent, sans juger plus avant.

Malgré les daubes qui peuvent pousser ici ou là, l’oeuvre originale perdure et garde malgré les années (les siècles !), une histoire vraiment originale et un style parfaitement maîtrisé. Le thème de la malédiction est abordé originalement, et un biais avec plusieurs réflexions philosophiques est établi. Un questionnement sur l’art et l’artiste est également présent, qui contribue à fonder la figure de l’artiste maudit, tout comme y participèrent Baudelaire ou Lovecraft (La Musique d’Erich Zann) en leurs temps.

Que vous soyez à la recherche d’un classique de la littérature fantastique, que vous soyez tourmenté par des passions terrestres, ou que vous ayez simplement envie de découvrir ce chef-d’oeuvre d’Oscar Wilde, je ne saurai que vous le conseiller vivement. Vous n’avez d’ailleurs pas d’excuse valable, puisque la traduction française est disponible sur Wikisource, la bibliothèque libre. Merci qui ? Merci Wiki !

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