Saez et la drogue

Mis en orbite le 20 novembre 2014 par Saint Epondyle dans Musique, Pensées
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Damien Saez : Garorock 2013, Benjamin Ballande

Damien Saez : Garorock 2013, Benjamin Ballande (détail)

[Amphétamine sous lexomil, extasy sous valium,
L’héroïne de mes nuits des acides dans les chewing-gums.
Des cachets pour maman, des antidépressiants.
Du viagra pour les vieux et des calmants pour les enfants.
- Pilule]

Les romantiques n’ont pas attendu la mondialisation pour se la coller. Du bon vieux pinard de derrière les fagots jusqu’aux stupéfiants les plus violents, tous les produits y sont passés. En tant qu’âge d’or de la défonce romantique, le XIXe siècle fut celui du Club des Haschischins (un salon dédié à l’expérimentation de drogues) où se croisèrent Théophile Gautier, Eugène Delacroix, Gérard de Nerval et Charles Baudelaire. Plus ou moins en même temps Verlaine, ivrogne notoire, tirait sur son amant Arthur Rimbaud. Ce siècle a laissé sur le carreau des milliers d’alcooliques et de proto-junkies, morts dans l’anonymat. Malgré tout, certains utilisèrent les drogues comme un puissant levier de création : les poètes maudits étaient nés.

La comparaison n’est pas trop forte entre les rockeurs d’aujourd’hui et ces artistes anciens. Tout aussi libertaires et subversifs ; sans doute autant imbibés, nombreux sont les artistes actuels à avoir fait de la drogue l’un de leurs thèmes récurrents. Damien Saez, le plus grand auteur-compositeur-interprète de la scène rock franchophone depuis Cantat, n’échappe pas à la malédiction. Dans ses textes, la drogue est multivoque et paradoxale : un délectable poison, objet de commerce comme peut l’être le sexe, à la fois suave et violent comme peut l’être l’amour. Depuis son tout premier album, il en a fait l’un de ses thèmes de prédilection.

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Quai d’Orsay | Blain & Lanzac

Mis en orbite le 14 novembre 2014 par Saint Epondyle dans BD, Manga & Dessinateurs
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La couverture du tome 1

La couverture du tome 1

[C’est comme ça qu’on gouverne le monde.
Par la pensée… par la culture. Qui forge une vision.
C’est pas compliqué quand même.]

Succès récent de la bande-dessinée française, Quai d’Orsay : chroniques diplomatiques a été plus que remarqué lors de sa sortie entre 2010 et 2011. Dessiné par le célèbre Christophe Blain (auteur de Gus et Isaac le pirate) et scénarisé par un certain Abel Lanzac, le diptyque retrace l’expérience de ce dernier en tant que conseiller au ministère des Affaires étrangères.

Au service direct du ministre Alexandre Taillard de Vorms, Arthur Vlaminck découvre la machine diplomatique française en tant que responsable des « langages », c’est à dire des discours officiels. On découvre à sa suite la vie haletante de l’équipe rapprochée du ministre, remplissant au quotidien une tâche herculéenne. Ils sont une douzaine à ramer vingt-quatre heures par jour pour porter la voix de la France en toutes occasions : tensions en Afrique, interventions au Parlement Européen, négociations transatlantiques, « guerre de l’anchois » entre pêcheurs espagnols et français… Les sujets sur le feu sont innombrables, et nécessitent tous une veille constante ou une réaction urgente de la part du ministère. Les conseillers montent au créneau, enchaînent les déplacements, réécrivent intégralement les discours cinq, six, dix fois de suite, s’engueulent, se font des crasses, et finissent par mener le navire à bon port.

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Interstellar | Christopher Nolan, 2014

Mis en orbite le 9 novembre 2014 par Saint Epondyle dans Films, Animation & Séries
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Les affiches sont plutôt moyennes.

Les affiches sont plutôt moyennes.

  Attention ! Vous entrez dans une zone-spoiler

[Rage, rage against the dying of the light.]

Je suis allé voir Interstellar, le dernier long-métrage de Christopher Nolan. Après les succès mondiaux de ses films précédents, Inception et surtout la trilogie Dark Knight, on peut supposer que le réalisateur avait les mains libres pour nous servir exactement le film qu’il voulait. En l’occurrence, une histoire de conquête spatiale.

Les explorations interstellaires font partie des mythes forts de l’Amérique. Elles rappellent la conquête de l’Ouest, et c’est également l’une des armes qui lui permit de vaincre son avant-dernier grand ennemi, le bloc de l’Est. Personnellement, je n’ai jamais été très emballé par les histoires de ce type tant les distances, les durées, les échelles nous dépassent. A ce titre, j’adore la vision lovecraftienne de l’espace : ce qu’il y a là-haut nous dépassera toujours, l’humanité n’a pas d’avenir. Sauf que voilà, l’ami Nolan a une autre vision des choses. Il est de ses hommes qui rêvent de grandes découvertes, et qui voient dans la conquête des étoiles le futur de l’humanité. Alors… pourquoi pas ?

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Geek Pride | 2.1. Méthodologie

Mis en orbite le 4 novembre 2014 par Saint Epondyle dans Chroniques, Culture geek
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Sheldon Cooper, The Big Bang Theory.

~ Cet article est traduit et adapté d’un travail universitaire de mon cru. ~

[La communication entre les différents univers geeks n’existe pas toujours,
et leur passions elles-mêmes peuvent n’avoir aucun point commun,
mais une grande partie de leurs comportements sont pourtant les mêmes.
- Lire : 1.4. Une définition du geek]

Problématique et choix de la méthode d’enquête

Pour donner à notre compréhension de la culture geek un matériel de qualité, la présente étude a pour objectif de répondre à la problématique suivante.

Quelles sont les réactions de la culture et de la communauté geek, face au phénomène de dilution dans la culture générale ?


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L’appartement

Mis en orbite le 31 octobre 2014 par Saint Epondyle dans Cosmo Fictions
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La représentation continue 0520 – Autoportrait avec la France d’en face, Malakoff, Hauts-de-Seine, le soir, par Afchine Davoudi

[Il n’y a pas de ciel en banlieue parisienne.]

Le film était assez naze, on pouvait s’y attendre. Mais j’ai bien fait de sortir. Je n’aurai pas pu rester là toute la soirée. J’ai mangé une pizza tiède et trop chère avant de revenir chez moi vers vingt-trois heures.

Chez moi.

Toutes mes affaires sont sorties, étalées partout. Des sacs éventrés attendent de recevoir la totalité de mes possessions en festin. Non pas que ça fasse beaucoup, mais c’est tout ce que j’ai. On arrive dans un nouvel immeuble avec une seule valise, et une camionnette ne suffit pas à tout remporter un an après. C’est incroyable le bordel qu’on entasse en un an. On n’ouvre jamais les tiroirs, et les voilà remplis. On pose un livre par terre, on en retrouve dix. Impossible de me rappeler d’où peuvent venir tous ces trucs. Ceux qui s’imaginent qu’un petit appart force à vivre dans le dépouillement n’ont jamais expérimenté. Un petit appart force à vivre dans le bordel ; mais les bouquins sont une bonne raison de sacrifier son espace vital.

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La carte et le territoire imaginaire commun

Mis en orbite le 24 octobre 2014 par Saint Epondyle dans Jeux de rôles
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Map, par mydynamite.

[Chaque parcelle cartographiée est un royaume perdu pour l’imagination.
La carte transforme la représentation onirique de l’espace en image précise.
- Sylvain Tesson]

Je pratique le jeu de rôles depuis dix ans cette année. Ce qui n’est pas un chiffre anodin quand on en a vingt-cinq. C’est quasiment l’activité que je pratique depuis le plus longtemps, et avec la même table s’il vous plait. Bien sûr notre pratique à changé, et nous nous sommes ouverts à de nouveaux jeux et diversifié notre approche. Nous avons été plusieurs meneurs, et nous alignons quelques centaines d’heures de jeu au total.

Je me souviens de ma première séance. Meujeu sans jamais avoir été joueur (ou si peu), je me lançais de but en blanc à essayer d’écrire une partie de Donjons & Dragons (D&D). Instinctivement, mon premier réflexe fut de cartographier mon univers. Villes, pays, continents, nous avons traversé pas mal de contrées depuis, et tracées presque autant de cartes (et beaucoup plus de plans ponctuels).

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Sambre, deuxième génération | Yslaire

Mis en orbite le 20 octobre 2014 par Saint Epondyle dans BD, Manga & Dessinateurs
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Sambre, deuxième génération par Bernard Yslaire

Bernard Sambre, dandy damné, par Yslaire.

[Pourquoi faut-il que les petits frères grandissent ?]

J’ai tourné autour de Sambre pendant longtemps avant d’oser m’y confronter, comme si l’ampleur de l’oeuvre imposait de s’y préparer. C’est d’ailleurs peut-être le cas. Drame romantique et historique, la saga dessinée par Bernar Yslaire (accompagné de Balac dans le tome 1) est un classique de la BD franco-belge. Dès le départ, l’ambition de la série était de créer une tragédie romantique en hommage à la littérature du XIXe.

Au croisement de Baudelaire, Victor Hugo et Shakespeare -excusez du peu- Yslaire nous propose une saga familiale très sombre, dont les séries dérivées continuent encore d’approfondir l’univers, et surtout l’histoire des personnages. Chaque branche de l’arbre généalogique de la famille Sambre donne lieu à sa propre série. Le premier cycle est consacré à la deuxième génération, dont l’histoire se déroule entre 1847 et 1848. Les deux générations suivantes poursuivent le récit jusqu’en 1871, et La Guerre des Sambre remonte le temps pour dévoiler les origines de la malédiction. Car c’est bien de malédiction qu’il est question.

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Vol de nuit | Antoine de Saint-Exupéry

Mis en orbite le 13 octobre 2014 par Saint Epondyle dans Littérature & Auteurs
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L’édition illustrée chez Gallimard / Futuropolis

[Le but peut-être ne justifie rien.
Mais l’action délivre de la mort.]

J’ai avalé d’une traite Vol de Nuit, l’un des classiques d’Antoine de Saint-Exupéry. Ecrit en 1931 lors d’une mission en Argentine, le roman dépeint le quotidien des compagnies aéropostales intercontinentales de cette époque. C’est un ouvrage incontournable du patrimoine littéraire français, prix Femina l’année de sa sortie. Et franchement, j’ai compris pourquoi.

C’est l’aventure. Avec des moyens aériens et des communications très réduits par rapport à aujourd’hui, les pilotes de l’aéropostale doivent porter une charge quasiment sacrée. Ils acheminent le courrier d’Europe à destination d’Amérique Latine, quelques décennies à peine après l’invention de l’aviation. Comme le raconte très bien Le vent se lève, film d’animation de Miyazaki, c’est la Seconde Guerre Mondiale qui fut à l’origine d’immenses progrès dans le domaine de l’aéronautique, qui initièrent ensuite la mondialisation. Assurer la liaison entre les continents est alors une mission primordiale, qui mérite qu’on y risque sa vie.

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Jean-Philippe Jaworski aux Imaginales 2014.

[J’ai toujours envie de jouer dans les univers que je décris
ou d’écrire les univers dans lesquels je joue.]

Figure incontournable de la fantasy française, Jean-Philippe Jaworski est avant tout un créateur d’univers passionné. Son premier roman, Gagner la Guerre est un bijou d’aventure romanesque et d’écriture stylistique ; qui fut récompensé en 2009 par le jury des Imaginales.

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L’affiche américaine qui causa le scandale (et pas à cause du flingue).

[Cette ville pourrie…
elle souille tout ceux qu’elle touche.]

Je me rappelle du choc ressenti en voyant le premier Sin City, il y a quelques années. C’était bien après sa sortie en salles, et sans m’attendre à rien je pris en pleine tronche ce film sans équivalent, ce scénario en roue libre, cette esthétique noire et cette débauche de violence crue jusqu’à plus faim. Je venais de faire la connaissance de Robert Rodriguez.

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L’essentiel est invisible pour les yeux

Mis en orbite le 30 septembre 2014 par Saint Epondyle dans Arts graphiques, Pensées
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Poussières d’Etoiles 91, par Ludovic Florent.

[La vérité ce n’est point ce qui démontre, c’est ce qui simplifie.
– Antoine de Saint Exupéry, Terre des hommes]

Il en va de l’art comme de la philo : ils permettent de trouver de nouvelles clés de compréhension du monde. Untel pratique la musique et les sons du quotidien lui apparaissent différemment, tel autre les arts martiaux et sa relation aux autres en est changée. Il en va de même pour le dessin et les arts graphiques en général, ils peuvent changer radicalement notre perception du monde et même notre façon de penser.

Voici une réflexion sur le sujet, tirée de mon expérience personnelle.

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Le pixel et le papier

Mis en orbite le 25 septembre 2014 par Saint Epondyle dans Ecriture, Pensées
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Visual Paper bird, par Ruth-Tay

[Ecrire ce n’est pas vivre. C’est peut-être survivre.
– Blaise Cendrars]

Il parait que le pixel et le papier sont en guerre. Pourtant les choses n’ont pas de volonté propre. Opposer les deux est trop souvent un tort, car en réalité l’un et l’autre n’ont rien en commun et ne sont donc pas ennemis par nature. Je suis un très gros brasseur de pixels, j’en avale, diffuse, fabrique, des milliards par semaine. Pourtant, plus le temps passe et plus je renforce mon amour inconditionnel du papier, si beau et si chargé en émotions. Contradictoire ? Je ne pense pas.

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Géographie de l’instant | Sylvain Tesson

Mis en orbite le 18 septembre 2014 par Saint Epondyle dans Littérature & Auteurs
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La couverture chez Pocket.

[Je ne pense que quand j’écris.
- Pierre Louÿs]

Découvert au beau milieu de son ermitage Dans Les Forêts de Sibérie, Sylvain Tesson est un auteur que j’aime beaucoup, et qui prône dans ses livres une philosophie vie basée sur l’idée du voyage comme nécessité. Inlassable vagabond, il a visité tous les continents, à pied, à cheval ou à dos de mulet. En collectant ses pensées dans un carnet au fil de ses voyages, il a tissé depuis des années une Géographie de l’instant : un atlas du moment présent aux quatre coins du monde.

Recueil de réflexions et de micro-récits, ce livre est un patchwork de textes courts relativement désordonnés, dont la seule logique de classement est l’ordre chronologique (entre 2006 et 2014). Personnellement, le désordre de ce journal de route ne m’a pas posé de problème, au contraire même puisqu’il se prête très bien à la lecture décousue comme j’aime à la pratiquer. Que l’on connaisse l’auteur ou pas, chacune de ses bribes nous initie à une pensée profonde, sculptée par l’itinérance, entre quête de la sagesse, éloge de la solitude et hymne à la beauté du monde.

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